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Où sont les adultes ? – Paroles sur l’actualité

par: Jaqui Ackermann

Publié le 16 Octobre 2023

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La période actuelle sidère sous plusieurs aspects, bons et mauvais. Par exemple, les manifestations de solidarité dans notre peuple sont littéralement hors du commun, et sont souvent doublées de prise de conscience religieuse émouvante.
Mais je veux pointer un autre phénomène assez sidérant : la prétention, doublée, elle, de gaminerie. Je me permets de réagir. Mais je n’oublie pas le réconfort et l’encouragement, cela en découlera automatiquement.

Où sont les adultes ? Moi, j’ai appris que dans les situations tendues, on se tourne vers le haut, vers les pères, vers les maîtres. On ne commence pas à divaguer tout seul, c’est prétentieux. Et aujourd’hui chacun parle, chacun a envie de se montrer, chacun sait, chacun prétend
Je n’ai jamais vu mes maîtres agir comme certains agissent aujourd’hui. Notamment concernant les points suivants.
Je n’ai pas compris ; qui ose parler de messie ou de guerre messianique ? Que celui qui parle de cela me montre qu’il a étudié tous les chapitres de Yéchaya, Yé’hézkél et les autres, toutes les pages de guémara (Sanhédrine et autres), de midrach et de zohar (Chémoth et autres) à ce sujet, et après qu’il me montre qu’il n’y a aucune contradiction (moi, j’ai une liste de contradictions). Comment oser parler quand on ne sait pas ? Comment oser diffuser des textes qu’on ne sait même pas traduire (j’en ai vu…) ? Comment oser se montrer si prétentieux : c’était écrit ! Ah, bon ? Vous êtes maintenant prophète a posteriori. Heureusement que vous êtes là, monsieur le prophète, sans vous je n’aurais pas compris tous les textes que j’ai étudié (et que semble-t-il vous ne connaissez pas).
On ne sait pas ce que D. a l’intention de faire. On ne comprend pas ce qui se passe. Ce n’est pas grave, ce n’est pas la première fois, on fait confiance à D. et on continue notre route.

Je n’ai pas compris la question : que pouvons-nous faire ? Parce que vous avez déjà tout fait, et maintenant vous voulez faire mieux et plus ? Si je comprends bien, vous connaissez tout le houmach avec Rachi, les halakhoth de chabath, de lachone hara’, etc, vous accomplissez tout à la perfection, et vous en demandez davantage ? Evidemment, si on peut donner de l’argent, ou agir dans le bénévolat sur place dans le pays, etc., l’urgence prime sur toute autre action. Mais vous ne pouvez pas participer à tout cela, alors que faire, dites-vous ? Si vous pensez qu’il y a « autre chose » à faire que vos obligations dont vous vous êtes déjà acquitté, il me semble que vous connaissez alors la réponse. « Hakol kol yaakov » : c’est notre voix qui compte, dans l’étude et la prière. Rien de neuf, absolument rien, depuis des milliers d’années. Et on se demande quoi faire ? Comme si on savait déjà tout !! Qui connait toute sa paracha (avec Rachi évidemment), qui connait parfaitement les halakhoth des bérakhoth, du commerce, de la cachrouth, etc. ? Peut-être ne serait-il pas trop tard pour s’y mettre…. ? Il y a beaucoup à faire, presque trop !!
Vous voulez prier « en plus » ? La prière classique ne vous suffit pas aujourd’hui, semble-t-il ? Vous qui comprenez tout le sidour, aviez-vous compris que vous parlez plusieurs fois par jour des otages (matir assourim) ? On demande à D. de l’esprit et de l’intelligence (on en a bien besoin dans les moments difficiles). On demande à D. d’être sauvé, qu’il y ait la paix, etc. La prière regorge de demandes plus qu’actuelles ! Si vous ne l’aviez pas remarqué, il est temps de s’y mettre et de comprendre sa prière. Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? Si on se concentrait juste sur la prière « normale », qu’on y plongeait ? Et tous ceux qui récitent les Téhilim ? C’est très bien, admirable. J’ajoute juste que s’ils apprenaient en même temps la traduction (surtout ceux qui se demandent ce qu’ils peuvent faire…), ce serait gagné pour la vie !
Un adulte, par définition est plus mature qu’un enfant, il réagit avec plus de sérénité et de conscience. Quoi de plus désolant de voir ces adultes rivés sur les portables. Je veux bien comprendre le stress, je veux bien comprendre ceux qui attendent des nouvelles de leurs proches, je veux bien comprendre la tension. Mais cela a des limites. Être à l’affut de la moindre information qui ne changera absolument rien de la journée, être prêt à devenir le premier à diffuser une nouvelle qui apportera la gloire d’avoir été le premier… le premier à jouer au gamin. Etc. C’est cela l’exemple des adultes, sérieux, conscients de leur devoir, conscients qu’ils doivent montrer à leurs enfants un chemin de vie, face à une situation complexe ? Des adultes qui doivent calmer les angoisses de leurs enfants, leur maintenir un cadre sécurisant, sans faux-semblants, dans la prudence et l’intelligence ? Demandez à vos pères, vos maîtres, ce qu’ils ont fait dans les périodes critiques, cela vaut la peine. Soyez adultes.

Il y a des petits prétentieux qui profèrent : on a une armée forte …. Il est tout simplement interdit par la thora de dire : je suis le plus fort. Combien de fois les prophètes ont averti : ne dites pas que vous réussirez par votre force ! Comment après avoir été dramatiquement négligent et avoir laissé la porte ouverte à des meurtriers, on peut clamer sa force, ses capacités militaires, etc. ? Comment entendre de pareilles choses aujourd’hui, après tant de victimes ? Taisons-nous ! Taisons notre prétention, et regardons vers le haut, pour espérer que le Ciel aide ceux qui se battent si courageusement. Restons humbles, face à tous eux qui ont subi et que nous n’avons pas réussi à protéger, soit par nos prières, soit par nos actions. Allez relire ce que dit la thora sur « ma (prétendue) force » (Dévarim 8-17).
Nous avons le devoir de progresser et de faire progresser notre entourage, en particulier dans les deux domaines suivants. D. ne supporte pas les magouilles. S’il y a quelque chose à faire aujourd’hui chez nous, c’est combattre les trompeurs, les malhonnêtes. On le lit dans la paracha de Noa’h : c’est cela qui a déclenché le déluge, en « toute simplicité ». Je ne veux pas citer des textes accablants. C’est une urgence.
D. ne supporte pas la dépravation des moeurs. C’est ce que la thora dit explicitement à propos de notre armée : si D. voit de la dépravation, Il quitte l’armée, et laisse malheureusement le camp à l’abandon (Dévarim 23-15) Et que chacun sache se conduire correctement dans ce domaine. C’est aussi une urgence. Ainsi, il y a beaucoup à faire dans le domaine de l’honnêteté et de la pudeur (pour ceux qui ne savent pas quoi faire…).
Et dans le quotidien, il faut être efficace. Par exemple, celui qui veut donner de la tsédaka, qu’il la donne en direct, à celui qui en a besoin, maintenant, c’est la tsédaka efficace qui apporte le plus grand mérite. Celui qui veut prier, qu’il se fixe un lieu pour prier, qu’il ne reste pas à la porte de la synagogue, et qu’il ait une place fixe, à la synagogue et même chez lui. La prière est une chose sérieuse.
Et du côté féminin : les dames doivent connaitre les lois de ‘hala (sur quel gâteau prélève-t-on ? Il ne s’agit pas seulement participer aux hafrachoth, mais de connaitre ; et faire ses ‘haloth, c’est encore mieux !), connaitre les lois de nidda et les maîtriser, les lois des néroth (et pas seulement les allumer), et surtout les lois de chabath, yom tov, hol hamoéd, tout ce qu’on rencontre régulièrement ! Il y a tant de choses à savoir et à faire ! Et veiller à l’éducation des enfants, et sensibiliser à la tsniouth (aujourd’hui, c’est un vrai défi), et éduquer au mariage (cela manque tant), etc… Construire sa propre personne, construire la future génération.

Dans le monde entier, on s’est concentré sur ce chabath Béréchith. Comment préserver le chabath ? En étudiant et en réfléchissant. Qui connait bien les halakhoth de chabath ? On doit penser en semaine à ce qui peut se présenter à nous le chabath et se renseigner sur la manière avec laquelle réagir. C’est aussi cela préparer chabath, et on n’attend pas la dernière minute, de se retrouver dans le fait accompli.
Je disais que le réconfort et l’encouragement viennent automatiquement. Quand on sait ce qu’on doit faire, quand on a un programme, on traverse l’épreuve, car on sait où on va. Quand on connait ses ascendants, tout ce qu’ils ont entrepris et réussi, et qu’on veut continuer leur chemin, on se sent plus fort. Quand on sait qu’on a toujours traversé les épreuves, quand on en a ces expériences, on a plus de courage. Mordékhay a bien dit à Esther : de toutes façons le peuple échappera, que tu interviennes ou non. Nous savons d’où nous venons, et nous savons où nous allons. Freinons notre prétention, freinons notre ignorance, ce sera déjà (paradoxalement…) un grand pas en avant.
Notre chemin ne s’arrête pas, même si l’extrême prudence d’un côté, et la lutte de l’autre, malheureusement, s’imposent pour notre sécurité. Nos convictions traversent le temps et l’espace. Nos forces spirituelles ont toujours fait tenir notre peuple. Soyons les adultes, l’exemple, et transmettons.

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