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Ki tissa – La brisure des lou’hoth

par: Jaqui Ackermann

Publié le 27 Février 2024

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Il ne fallait pas partir …. !

Je suis parti, il pleuvait, j’ai glissé et me suis blessé …. Réaction énergique des auditeurs : eh bien, il ne fallait pas partir !

Combien de fois entendons-nous ce genre de dialogue ? Et vient ensuite la réplique, sur le même ton : on ne peut pas vivre enfermé parce qu’il y a quelques gouttes !

Qui a raison ? On ne le saura jamais. Et de toutes façons, diront les fatalistes, un enfant n’apprend jamais à marcher sans tomber plusieurs fois.

Quand on se dit que, si Moché n’était pas monté chercher les Tables de la Loi en haut du Sinaï, jamais il ne les aurait jamais cassées ! (En tous cas il y aurait eu beaucoup moins de chance que cela arrive…) D. aurait pu parler à Moché dans sa tente personnelle, comme cela s’est passé plus tard. Il y a de grandes chances que, si Moché était resté dans sa tente, on aurait été moins tenté de l’imaginer mort ou disparu. Alors pourquoi l’avoir obligé à quitter le camp ? Pourquoi D. ne les a pas faites descendre, ces Tables, ce n’était pas si compliqué !
Moché est monté sur la montagne également pour une autre raison : apprendre la thora. Il aurait pu le faire dans sa tente. Elle aurait très bien pu s’envelopper de nuées, comme le mont !

On dit dans le célèbre texte : Moché reçut la thora du Sinaï (début des Pirké Avoth). C’est presque un slogan. La thora n’arrive pas dans sa tente, il est allé la chercher au Sinaï. Le Maharal (dans son commentaire) dit : on ne peut pas affirmer que : « Moché a reçu la thora de D ». Cela aurait laissé penser que Moché avait une position par rapport à D., telle que celle que Yéhochoua avait par rapport à Moché, une position d’élève intime, que personne d’autre ne pouvait avoir. Or, explique le Maharal, le Sinaï représente le fait que Moché, qui reçoit la thora de D., ne peut se considérer comme l’élève particulier de D., la distance est trop importante pour se dire « l’élève ». Il existe une réalité intermédiaire, représentée par le Sinaï qui exprime que le maître, D., et l’élève, Moché, n’ont pas de lien qui pourrait se reproduire ailleurs. Il est impensable d’imaginer qu’un jour, un homme puisse devenir élève de D. plus qu’un autre. Nos Sages disent bien qu’Ezra aurait pu prendre, s’il l’avait fallu, la place de Moché pour recevoir la thora. Et cela n’enlève en rien le mérite de Moché. Le Sinaï représente ainsi la possibilité extraordinaire laissée aux hommes d’accéder à la thora. Et personne n’a de prérogatives là-dessus, même si à ce moment, seul Moché en a eu la puissance.

Recevoir la thora est une affaire de contact avec D., Qui veut parler à l’homme. L’homme de contact, c’est Moché. Non seulement il est impossible de contourner ce contact avec D. mais on peut dire qu’il fait partie de l’élément « thora ». Ce n’est pas un moyen, c’est de la thora. Un peu comme rentrer dans l’eau pour apprendre à nager : on ne nage pas encore mais on sent déjà que dans l’eau, on ne se meut pas comme sur la terre. Le contact familier avec l’élément « eau » fait partie de la natation.

Si la thora exige ce cadre du Sinaï, et qu’elle est, par principe, une affaire de contact, elle ne se reçoit pas chez soi, dans sa maison. D. est descendu sur le Sinaï, et le peuple est allé vers le Sinaï. C’est le « lieu de rencontre ». Le mouvement que Moché a réalisé en montant est le mouvement que le peuple tout entier réalise à travers la personne de Moché. On va chercher la thora, au Sinaï, en ce cadre qui permet l’intégration de cet élément divin. Moché est l’homme qui crée le contact avec D., et donc avec Sa thora. Ce que réalise Moché est censé être intégré par tout le peuple. C’est même le peuple qui l’envoie : « parle, toi, et nous écouterons, que D. ne nous parle pas directement…. » (Exode 20,16)

Par ailleurs, Moché est allé chercher les Tables. Cela semble être une deuxième action : en dehors d’apprendre la thora, il fallait récupérer ces « pierres taillées ». Mais cela peut être compris comme un ensemble. Ces Tables sont, entre autres, un véritable « don », la concrétisation physique de la thora qui est passée d’En-haut vers En bas. C’est ahurissant d’imaginer qu’on puisse concrétiser une réalité spirituelle à ce point. C’est néanmoins ce qui ressort des textes. Quand Moché apprend cette thora à transmettre, cela se concrétise en parallèle, physiquement, par ces Tables. Elles représentent le passage, le lien entre le Haut et le Bas, dans le monde des objets, comme Moché représente le lien entre D. et le monde des hommes.

Comment imaginer alors que Moché ne s’absente pas ? Comment imaginer qu’on puisse apprendre à nager en restant sur terre, sans rentrer dans l’eau ? L’existence implique qu’on se jette à l’eau, qu’on admette des réalités qui nous concernent, vers lesquelles nous allons, parce que nous y croyons, même s’il y a un sentiment d’absence de soi-même. Mais ce n’est pas s’absenter si c’est un contact qui se réalise : nous sommes toujours là, mais en lien avec notre objet de recherche. Si Moché n’était pas parti, on n’aurait peut-être pas eu le veau d’or, mais on n’aurait pas eu la thora non plus.

La faute a été d’imaginer qu’il était parti, sans garder de contact avec nous. Comme s’il était possible de chercher un contact avec D. en perdant de soi-même, en s’absentant de son être propre. C’est là que commence une forme d’idolâtrie : imaginer une coupure. L’effigie idolâtre signifie que ce contact n’est pas en moi.

Quelle personne intelligente contemple longuement la photo de sa femme (ou de son mari) si sa femme (ou son mari) est en face de lui ?

Il n’y a pas de thora sans lien avec le Sinaï. Apprendre avec un père ou un maître, c’est être en contact avec le Sinaï. Les contacts entre les générations jusqu’au Sinaï, avec D., sont intégrés dans l’étude.

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