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D. EST MA LUMIERE, D. EST MON SALUT, par Rav Yehiel Klein

par: Rav Yehiel Klein

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PSAUME XXVII

Dans la plupart de nos Communautés, l’habitude a été prise[1] de réciter dès le début du mois de Elloul jusqu’à la fin des Fêtes de Tichri le Psaume XXVII.

 

Mais que nous dit ce texte ?

Et pourquoi le réciter précisément lors de cette période ?

C’est ce que nous allons tenter de voir dans ces quelques lignes.

 

Psaume XXVII :

1 De David. Le Seigneur est ma lumière et mon salut : de qui aurais-je peur ? Le Seigneur est le rempart qui protège ma vie : qui redouterais-je ? 2 Quand des malfaiteurs m’approchent pour dévorer ma chair mes adversaires et mes ennemis qui me guettent ce sont eux qui bronchent et tombent. 3 Qu’une armée prenne position contre moi, mon cœur n’éprouve aucune crainte ; que la guerre fasse rage contre moi, même alors en ceci je garde ma confiance. 4 Il est une chose que je demande au Seigneur, que je réclame instamment, c’est de séjourner dans la maison de l’Eternel tous les jours de ma vie, de contempler la splendeur de l’Eternel et de fréquenter son sanctuaire. 5 Car, au jour du malheur, il m’abriterait sous son pavillon, il me cacherait dans la retraite de sa tente, il me ferait monter sur un rocher. 6 Dès à présent je porte le front haut en face des ennemis qui m’entourent ; je vais immoler, dans sa demeure, des sacrifices de triomphe, je vais chanter, célébrer le Seigneur. 7 Ecoute, Seigneur, ma voix qui t’appelle, sois-moi propice et exauce-moi ! 8 En ton nom mon cœur dit : « Recherchez ma face ! » c’est ta face que je recherche, ô Seigneur ! 9 Ne me cache point ta face ; ne repousse pas ton serviteur avec colère : tu es mon soutien. Ne me délaisse ni ne m’abandonne, Dieu de mon salut. 10 Car père et mère m’ont laissé là, mais l’Eternel me recueillera. 11 Guide-moi, Eternel, dans tes voies, dirige-moi dans le droit chemin, à cause de ceux qui me regardent de travers. 12 Ne me livre pas à la fureur de mes adversaires, car ils se dressent contre moi, les témoins mensongers, ceux qui soufflent la violence. 13 Ah ! si je n’avais la certitude de voir la bonté de Dieu sur la terre des vivants !… 14 Espère en l’Eternel, courage ! que ton cœur soit ferme ! oui, espère en l’Eternel !

 

Un Psaume, quel qu’il soit, n’est jamais facile à interpréter.

Plusieurs précisions sont nécessaires pour ce faire, tant au niveau de la Torah Ecrite que de la Torah Orale.

D’une part, il importe de voir quel est le contexte du Psaume, et quel est son sujet.

Ensuite, chaque verset pose des questions de sens et de traduction.

(Et ce d’autant plus que la cohérence de l’ensemble est loin d’être évidente)

Et d’autre part, il importe de prendre connaissance des exégèses accomplies par nos Maîtres sur le Psaume, qui le font bien souvent s’extraire du contexte précédemment établi.

 

Si les Commentateurs classiques de l’Ecriture se chargent de la première partie, c’est dans le Talmud et dans les Midrachims qu’il faut aller chercher la seconde.

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Ainsi, les avis divergent quant au contexte et au thème principal de ce Psaume.

Pour certains, il est circonstancié, et se réfère à un épisode précis de la vie de David[2].

D’après Ibn ‘Ezra, c’est ici la prière que le souverain réciterait désormais après avoir été empêché par ses soldats de se rendre sur le champ de bataille du fait de son grand âge.

Pour le Sforno, David récita cette supplique alors qu’il était poursuivi par Saül.

Mais pour d’autres, c’est là une prière de portée plus générale :

Selon le Malbi »m, l’objet du Psaume est l’attachement complet et sincère à D. (la Devékout), car elle est la condition nécessaire mais suffisante pour pouvoir en retour bénéficier d’une Providence individuelle, et donc bienveillante. Le roi David, dans son existence héroïque et compliquée avait plus que tout autre besoin de cette assurance.

Et d’après le Rada »k (Psaume XXVIII), il s’agit d’une requête profonde de la part de David haMéleh’, pouvoir au fond des choses avoir le temps et la disponibilité d’esprit pour pouvoir se consacrer au Service du Créateur, à l’accomplissement des Commandements divins et à l’Etude de la Torah, au lieu de devoir – comme ce fut le cas- devoir se battre avec ses multiples ennemis, dont ce Psaume nous donne un aperçu détaillé de leur diversité et de leur ingéniosité perverse.

 

Evidemment, toutes ces opinions se complètent l’une et l’autre, et n’ont pas vocation à s’exclure mutuellement.

 

Quoi qu’il en soit, ce rapide survol du sens littéral (le Pchat) de ce Psaume permet d’ores et déjà d’envisager pourquoi il accompagne les Fêtes de Tichri : c’est l’occasion où il est indispensable de se rapprocher de D., de se consacrer à des activités plus spirituelles que le reste de l’année, puisque l’Eternel juge alors l’Humanité (Michna Roch haChana I, 2)

 

Mais il est probable que par ailleurs nos Sages, à travers leur exégèse (le Drach), vont nous permettre de préciser ces idées…

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En effet, le Midrach Rabba[3] nous apprend que  »Le Seigneur est ma lumière- c’est Roch haChana ; [Le Seigneur est] mon salut – c’est Yom Kippour »

 

Dès lors, si l’on comprend mieux pourquoi notre Psaume est lié aux Jours Redoutable[4], il nous reste à en savoir plus sur la nature de ce dit lien…

 

Tout d’abord, il semble que l’on puisse identifier ce Midrach avec un autre Midrach[5], qui nous dit qu’une des expressions centrales de la Prière (du Chemoné ‘Esreï),  »[D.] Roi, Aide Sauveur et Protecteur[6] peut se percevoir ainsi : Roi – à Roch haChana ; Aide – pendant les Dix Jours de Pénitence ; Sauveur – à Yom Kippour ; Protecteur – à Soukkot.

Dans le sens où en distinguant ainsi deux éléments si différents mais néanmoins complémentaires – sans lumière, comment se situer si l’on désire être ensuite sauvé ? – le Psaume nous sensibilise au fait que lorsque l’on a de grandes aspirations et de grandes requêtes, l’ampleur de la tâche rend indispensable une progression par étapes[7].

Or cette démarche est plus que pertinent, tout le long des Fêtes de Tichri.

Certains peuvent en effet penser que tout est joué à Roch haChana, ne mettront les pieds à la synagogue qu’à Yom Kippour, ou n’établirons aucun lien entre ces deux premières solennités et celle de Soukkot, bien plus festive il est vrai.

On commence à réciter ce psaume le premier Elloul, néanmoins on est au seuil d’une période qui est tout sauf statique. En ce qu’elle suppose une progression spirituelle par étapes, de la reconnaissance de D. comme Maître de l’Univers à Roch haChana, d’une période propice à la Pénitence lors de laquelle le Créateur se rapproche de ses Créatures et au Jour salvateur où Il pardonne à tous, jusqu’à la Fête de Soukkot où l’on peut ainsi être assuré d’une protection providentielle qui ouvre vers les Temps messianiques.

 

Par ailleurs, s’il est ici question de s’engager sur le long terme dans un exigeant processus d’évolution personnelle, il va de soi que la prière y occupe une place prépondérante. Et au vu de l’ampleur de la tâche, il ne fait aucun doute que cela nécessite de la persévérance.

Il n’est alors pas étonnant que de l’ultime verset du Psaume,  »Espère en l’Eternel, courage ! que ton cœur soit ferme ! oui, espère en l’Eternel ! », nos sages en aient déduit (Bérah’ot 32b) que :  »si un homme voit que ses prières n’ont pas été exaucées, [qu’il ne désespère pas mais] qu’il … recommence à prier ».

Ce qui, là encore, pendant les Jours Redoutable, ne peut qu’être à propos…

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De sorte à ce que l’éclairage exégétique permette de mieux appréhender le contenu général du Psaume, mieux encore, nous permette de le mettre en pratique et de le Vivre.

Car d’après le Rada »k et le Malbi »m, il a une visée et un objectif très élevé : se consacrer entièrement à D., vivre complètement sous Sa Providence.

L’habitude rituelle – le Minhag – qui fait coïncider ce texte avec les Fêtes de Tichri vient donc nous apprendre que cette période est bien moment propice pour commencer à réaliser de telles éminentes aspirations…

 

 

[1]Cf. Michna Béroura, 681,2. L’origine semble somme toute assez moderne, et provenir de l’Ecole du Ari Zal.

[2]Ce qui est une règle générale pour tout le Livre (sauf pour les Psaumes qui n’ont pas été inspirés à David, mais aux Dix Anciens – cf. Babba Bathra 14b)

[3]Vayikra Rabba XXI, 1-4. (Commentaire sur le Service du Grand Prêtre au Temple de Jérusalem lors de Yom Kippour. Les deux textes étant liés par le vocable  »Par ceci » (v. 3 et Lévitique XVI, 3))

[4]D’autant que selon l’Ecole du Gaon de Vilna (Beér Avraham), le verset 5 traiterait de la Fête de Soukkot ( »Ki yitspennéni beSoukko »)

[5]Mais dont je n’ai pas retrouvé la source (Cité dans le Ma’arh’eï Lev du Rav Schwob de Gateshead)

[6]Méleh’ ‘Ozer ouMochi’a ouMaguen.

[7]Et d’autres Midrachims élargissent cela à d’autres registres : l’Etude de la Torah (au début, on n’y comprend goutte, mais nos efforts permettent de progresser), à la prière (sur le verset 4)

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