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Rosh Hashana : Regarde, J’ai donné devant toi la vie et le bon, la mort et le mal… Tu choisiras la vie (Dévarim 30 ;15-19) !

par: Akiva Zyzek
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Publié le 16 Septembre 2020

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Introduction :

Nous sommes à quelques jours de Rosh Hashana.

Pas besoin de s’étendre pour rendre compte de la grandeur de ce jour. Il s’agit comme nous le savons tous d’un des jours les plus importants de l’année.

Cette importance est telle que comme nous le rapporte la Guémara dans le traité Rosh Hashana Daf 32b, Rabbi Abahou nous enseigne que notre vie elle-même est en question :

אמר רבי אבהו אמרו מלאכי השרת לפני הקב״ה רבונו של עולם מפני מה אין ישראל אומרים שירה בראש השנה וביום הכיפורים אמר להם אפשר מלך יושב על כסא דין וספרי חיים וספרי מתים פתוחין לפניו וישראל אומרים שירה

« Rabbi Abahou dit : Les anges ont demandé à Hakadosh Barou’h Hou, Maître du monde, quelle est la raison pour laquelle Israël ne chantent pas tes louanges (la lecture du Hallel) à Rosh Hashana et Yom Kippour ? Il leur a répondu, est-il possible que le roi siège pour juger, les livres de la vie et les livres de la mort sont ouvert devant lui et les Bnei Israël chanteraient des louanges ? »

Comme nous le rapporte ce passage de Guémara, Hakadosh Barou’h Hou se trouve sur le trône du jugement et inscrit dans le livre de la vie ou le livre de la mort chaque membre du peuple juif. La première Mishna du traité Rosh Hashana nous rapporte que ce jugement ne concerne pas seulement le peuple juif mais en réalité chaque être vivant passe devant lui et est jugé.

Nous supplions Hashem pendant tout Rosh Hashana durant nos prières :

זכרנו לחיים מלך חפץ בחיים וכתבינו בספר החיים למענך אלוקים חיים

« Souviens toi de nous pour la vie, Roi qui désire la vie et inscrit nous dans le livre de la vie pour ta gloire D. de vie »

Le sujet de la vie et de la mort est très présent à Rosh Hashana. Il est même central. Est-ce une image simplifiée de l’importance du jugement de Rosh Hashana et des conséquences du décret qui sera inscrit dans le livre d’Hashem ou est-ce plus complexe que cela ? Pourquoi est-ce si central et de quoi s’agit-il ? Comment comprendre la profondeur de ce jugement et donc de notre prière à Dieu durant Rosh Hashana ?

 

Lorsqu’on parle de vie, est-ce bien ce à quoi on pense ?

Nous proposerons le commentaire Emek Davar du Rav Naftali Tsvi Berline, le Netsiv, dans sa lecture des différents versets qui traitent de ce sujet dans la Torah.

En effet, nous retrouvons cette problématique à plusieurs reprises dans la Paracha que nous avons lue le Shabbat qui vient de passer, Parashat Nitsavim-Vayélé’h.

Il est écrit dans le verset :

(העידתי בכם היום את השמים ואת הארץ החיים והמות נתתי לפניך הברכה והקללה ובחרת בחיים למען תחיה אתה וזרעך (דברים ל׳ ;י״ט

« J’ai fait témoigner le ciel et la terre sur vous, j’ai placé devant vous la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction, tu choisiras la vie afin que tu vives toi et ta descendance » (Dévarim 30 ;19)

Nous voyons de ce verset que Moshé Rabbénou donne aux Enfants d’Israël une injonction de choisir la vie. On pourrait penser qu’il présente les deux chemins, l’un qui mène à la vie et l’autre qui mène à la mort, à nous de choisir celui qui nous plait. Mais non, il ordonne de choisir le chemin qui mène à la vie.

Un peu plus haut dans le même chapitre, il est écrit :

ומל ה׳ אלקיך את לבבך ואת לבב זרעך לאהבה את ה׳ אלקיך בכל לבבך ובכל נפשך למען חייך

« Hashem ton Dieu circoncira ton cœur et le cœur de ta descendance pour aimer Hashem ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme afin que tu vives » (Dévarim 30 ;6)

Le Netsiv relève une ambiguïté dans ce verset.

Le verset nous enseigne que Dieu circoncira notre cœur pour qu’on l’aime de TOUT NOTRE CŒUR ET DE TOUTE NOTRE ÂME, pour quelle raison ? Afin qu’on vive !

Est-il possible d’aimer Dieu de tout notre cœur et de tout notre âme si notre but ultime est une fin égoïste de vivre ? Ce n’est pas un amour sans faille pour Dieu ?! Il s’agit là d’un amour propre égoïste qui ne concerne que notre propre personne. Nous n’aimons pas Dieu d’un amour inconditionnel si cet amour a comme véritable raison de préserver notre vie. C’est ce que relève le Rav Naftali Tsvi Berline dans son commentaire Emek Davar et c’est ce qui l’amène à se demander de quoi s’agit-il lorsque la Torah parle de la vie ?

 

Définition de ce qu’est la vie par le Netsiv sur la Parachat Vaét’hanan

Le Netsiv nous renvoie à son commentaire sur la Parashat Vaét’hanan où il développe une définition de ce qu’est la vie selon la Torah et cela nous permettra de mettre en lumière le fond du jugement de Rosh Hashana sur la vie :

לא ביארו רבותינו הראשונים תיבות אלו כאן ובכמה מקומות… וכך פירושו דמשמעות חי כמה פעמים הוא עליזת הנפש ועונג שמשיג בהגיעו לתכלית שלימותו, והכלל דכל הרגש רוחני מוסיף חיות וכמו שחיות כל האדם תלוי במה שמרגיש עונג הדעת והכבוד, והוא מרובה יותר מחיות הבהמה שאינה מרגשת עונג אלא באכילה ושתיה וכדומה, ואם יקרה אדם שמאבד ומשחית הרגשותיו הרוחניים, וישקיע עצמו והרגשו רק בתאות אכילה וכדומה הרי זה נחשב כבהמה, ואינו נקרא אדם חי, שהרי מאבד מה שהיה בכחו לחיות בטוב, כך ישראל ביחוד העובד את השם באמונה מתענג ומרגיש חיות בזה העבודה, ומי מישראל שמאבד הרגשה נעימה זו נקרא מת, שהרי הוא משחית חיות שהיה בכוחו, וזהו מאמרם ז »ל רשעים בחייהם קרויים מתים (ברכות י »ח) ואינם בכלל אדם כלל, ולא כגוי אשר צדקה עשה בין אדם לחבירו, הרי הוא אדם המעלה, משאין כן ישראל חסר תורה, אינו בכלל חי ומכל שכן שאינו אדם, וכל זה במי שלא היגיע למדרגה עליונה רק עובד את השם באמונה, אמנם מי שזכה לעלות באורח חיים למעלה למשכיל להרגיש עונג מדביקות בהשם, הוא מוסיף עוד חיות הרבה ממי שלא היגיע לזה ההרגש, וזה חיות שאין למעלה הימנו כי עזה כמות אהבת השם…

(עמק דבר דברים פרק ד׳ פסוק א׳ ד״ה למען תחיו)

« Nos maîtres qui nous précèdent n’ont pas expliqué ces mots-là ici et dans d’autres endroits où ils apparaissent.

Et voici donc leurs explications.

Ce qu’on entend souvent dans le sens de la « vie« , c’est le sentiment de bonheur et de joie qu’on peut ressentir lorsqu’on atteint la perfection.

Voici donc comment nous pouvons généraliser cette notion de « vie ». Tout sentiment de spiritualité rajoute de la vitalité à l’homme. Comme la vitalité d’une personne peut dépendre du plaisir qu’il peut ressentir lorsqu’il reçoit des honneurs ou lorsqu’il atteint de nouvelles connaissances, ce qui est bien supérieur à la vitalité des animaux qui ne dépend que du plaisir lié à la nourriture, à la boisson et à ce qui pourrait y ressembler.

S’il pouvait arriver qu’une personne vienne à détruire ses sentiments spirituels et ne ressentirait que du plaisir lié à la nourriture et ce qui y ressemble, il n’y aurait pas de différence entre lui et un animal et il ne pourrait plus s’appeler un homme « vivant » car il a détruit toutes ses capacités en tant qu’homme à vivre convenablement.

De la même manière, un Juif, et plus spécifiquement un Juif qui sert Dieu avec confiance, a du plaisir et ressent de la vitalité dans ce service de Dieu.

Un Juif qui détruit ce sentiment de plaisir là est considéré comme étant mort car il a détruit la vitalité qu’il avait dans sa capacité d’avoir. Cela fait écho à l’enseignement de nos Maîtres dans le traité Béra’hot Daf 18 : Les impies, de leur vivant, sont considérés comme étant morts.

Cela n’est pas comme un non-juif qui fait une bonne action envers son prochain, car lui est considéré comme un homme valeureux tandis qu’un Juif sans Torah, n’est pas considéré comme étant « vivant » et encore moins comme étant un « homme ».

Et tout ce que nous avons dit concerne l’homme qui sert Dieu avec confiance et pas encore à propos de l’homme qui a atteint le niveau supérieur. Cependant, une personne qui a eu le mérite de vivre un mode de vie supérieur à la perception humaine et d’être capable de ressentir la proximité de Dieu et le plaisir qui en découle dans chaque instant de son quotidien, il ajoute bien plus de vitalité qu’une personne qui n’a pas encore perçu ces sentiments car il a atteint un degré de vitalité qui n’a rien de supérieur. »

 

Commentaire du Malbim sur le Tehilim לדוד השם אורי וישעי

Depuis le premier jour du mois de Eloul, c’est-à-dire un mois avant Rosh Hashana, et ce jusqu’à Hoshana Rabah à la fin de la fête de Soukot, nous lisons deux fois par jour le chapitre 27 des Tehilim.

Il y est écrit :

(אחת שאלתי מאת השם אותה אבקש שבתי בבית השם כל ימי חיי לחזות בנועם השם ולבקר בהיכלו (תהילים כ״ז ;ד׳

« Une chose j’ai demandé à Dieu et c’est elle que je désire, m’asseoir dans la maison de Dieu tous les jours de ma vie pour contempler la douceur de Dieu et visiter son sanctuaire » (Tehilim 27 ;4)

Explique le Malbim :

אחת שאלתי מאת השם, איני שואל דברים רבים לפי התחדש הצרכים שיתחדש לכל אדם בכל עת שאלה אחרת, רפואה, מזונות, הצלה מהאויב וכדומה, רק שאלה אחת שאלתי בעבר, ואותה אבקש בעתיד, כי בשאלה זאת כלולים כל השאלות, והוא שבתי בבית השם כל ימי חיי, השאלה ששאלתי אודות שבתי בבית השם רק אותה אבקש, שעל ידה אגיע לכל הצרכים הפרטיים, גם רצונו לומר שלא שאל זאת כדי שעל ידי זה ישיג תכליתים אחרים, דהיינו שלא כיון בשאלתו שישב בבית השם שעל ידי זה ינצל מאויביו וימצא כל צרכיו, שאם כן השאלה אינה הבקשה, כי בקשת לבו הוא שימצא כל צרכיו הגם ששאלת פיו הוא שבתו בבית השם, רק ששאלה זאת היא עצמה הבקשה, והוא גוף התכלית הנרצה אצלו, ועל זה אומר אחת שאלתי וגם אותה אבקש שהוא גם כן הבקשה, כי מה שאשאל שבתי בבית השם כל ימי חיי הוא על הכוונה כדי לחזות בנועם השם ולבקר  בהיכלו, ואין בליבי כונה אחרת, כי מה שימצא על ידי זה גם יתר הצרכים הם גם כן ישיבו אמצעים אל התכלית הזה, רצונו לומר שמה שעל ידי שישב בבית השם ינצל מאויבים ומעיקים וימצא כל צרכיו, על ידי כך יהיה ליבו פנוי לישב בבית השם תמיד שהוא התכלית העיקרי אצלו

« Une chose j’ai demandé à D., je ne demande pas de nombreuses choses en fonction de des différents besoins qui apparaissent au fil du temps à tout homme : la santé, la nourriture, le sauvetage face aux ennemis et les autres besoins de ce même genre.

Seulement j’ai demandé une demande par le passé, et c’est elle que je désire pour le futur. Cette demande englobe toutes les autres demandes et elle consiste à m’asseoir dans la maison de D. tous les jours de ma vie.

Cette demande que je formule à propos de m’asseoir dans la maison de D., c’est elle que je désire vraiment car par elle je vais atteindre toutes les autres demandes personnelles. C’est-à-dire que je ne fais pas cette demande pour un but dévié de mon désir, je ne demande pas à rester dans la maison de Dieu afin d’être sauvé de mes ennemis etc. car dans ce cas ma demande ne serait pas mon désir, car mon réel désir serait de recevoir tous les petits besoins quotidiens. Bien que la demande formulée serait de m’asseoir dans la maison de Dieu, mon vrai désir est de m’asseoir dans la maison de Dieu et c’est mon vrai but.

C’est pourquoi je dis, une chose j’ai demandé à Dieu, et aussi, c’est elle que je désire car c’est réellement ce que je désire. Car, lorsque j’ai demandé à m’asseoir dans la maison de Dieu tous les jours de ma vie, mon intention était afin de contempler la douceur de Dieu et visiter son sanctuaire, et je n’ai pas dans mon cœur une autre intention, car ce qu’il y aura comme conséquence en étant assis dans la maison de Dieu, que grâce à cela je serai sauvé de mes ennemis et je recevrai tous ce dont j’ai besoin pour vivre, ce sera un moyen d’avoir le cœur disponible pour m’asseoir dans la maison de Dieu éternellement ce qui est mon vrai but principal dans mon cœur. » (Malbim sur Téhilim chapitre 27 verset 4)

Ce que nous explique le Malbim, c’est que la prière que nous faisons en préparation à Rosh Hashana et ce jusqu’à la toute fin du jugement, c’est uniquement de pouvoir nous élever et nous rapprocher de Dieu. Il est vrai que lorsque Dieu nous donne cette possibilité, cela s’accompagne du fait qu’il nous fait parvenir tous les moyens matériels pour subsister et parvenir à cette proximité avec Lui mais notre but ultime c’est notre proximité avec Lui.

 

Conclusion sur la base du Netsiv et du Malbim

Comme nous l’avons abordé dans l’introduction, la notion du jugement entre la vie et la mort qu’Hashem fait à Rosh Hashana est centrale.

Le Netsiv développe que lorsque la Torah nous parle de vie ou de mort, il ne s’agit pas juste de vie et de mort physique mais de la vitalité qui habite l’homme par son élévation spirituelle et sa proximité avec Dieu. A Rosh Hashana, nous sommes jugés sur notre implication dans notre Avodat Hashem, sur notre sincérité dans notre quête de sainteté, dans notre rapport à Dieu. On peut demander à Hakadosh Barou’h Hou qu’Il nous donne une année en bonne santé, une bonne Parnassa et qu’Il nous comble de tous les besoins matériels, cependant cela ne fait pas de nous des hommes vivants, cela n’est pas suffisant pour être inscrits dans le livre de la VIE.

Vous me direz, mais comment nous investir dans une quête de spiritualité, de Kedousha quand on a des besoins si grands. Notre préoccupation est de pouvoir survivre. Commente le Malbim, si notre réel désir est de nous rapprocher de Dieu et que nous sommes sincères avec cette demande, le Maître du monde nous donnera les moyens matériels pour y parvenir. Ne cherchons pas la survie, mais la VIE !

Yéhi Ratson, que nous soyons tous inscrits dans le livre de la VIE, que cette année qui viendra soit une année de réussite, d’élévation et de proximité avec Hashem et sa Kédousha et qu’Hakadosh Barou’h Hou nous donne tous les moyens pour y parvenir.

Shana Tova Oumétouka Shétikatvou Vété’hatmou Lé’hayim Tovim Ouléshalom

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  1. Lindwasser Anny

    Très Bel Article , mais il y a aussi une phrase dans les Pirkei Avoth , qui dit :
    Si il n’y a pas de Farine , il n’y a pas de Torah !!! si on préoccupés par des soucis Matériels !!! Alors quelle est la solution ?