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Avraham et Sarah

par: Rav Gerard Zyzek

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Le 2 Aout 2004

Avraham et Sarah forment le couple mythique de la Torah. Cependant, lorsque l’on étudie les versets de la Torah en détails, on peut se rendre compte que leur relation était souvent orageuse.

Prenons un exemple. Sarah, voyant qu’elle n’avait pas d’enfant avec Avraham, proposa à celui-ci d’épouser sa servante Agar. Yshmaël naquit de cette union.

Treize ans plus tard, contre toute attente, Sarah eût, à son tour, un enfant d’Avraham, Itshak.

Béréshit, chapitre 21, versets 9 et 10 : « Sarah vit le fils d’Agar l’Egyptienne, l’enfant qu’elle avait donné à Avraham, rire.

Elle dit à Avraham : ‘renvois cette servante et son fils, car le fils de cette servante n’héritera pas avec mon fils Itshak.’ »

Apparemment Sarah pique sa crise d’hystérie. Elle vit le fils d’Agar rire, pourquoi cela posait-il un problème ?

D’autre part, elle ne manque pas une occasion d’insister sur le fait que cet enfant, dont elle se garde de citer le nom, est le fils d’une servante, et non d’une épouse légitime d’Avraham. Alors qu’elle avait elle-même insisté pour que Agar soit la seconde femme légitime d’Avraham (chapitre 16, verset 3).

« Car le fils de cette servante n’héritera pas avec mon fils Itshak ». L’expression ‘avec mon fils’ est redoutable !

D’ailleurs le verset suivant dit :

« La chose fût très mauvaise aux yeux d’Avraham au sujet de son fils ».

‘Au sujet de son fils’, car Yshmaël est le fils d’Avraham, n’en déplaise à Sarah. (Rashi dit que telle est la première lecture du verset).

Tous les ingrédients d’une scène de ménage gratinée sont en place. Nous redoutons le pire.

A ce moment, D. intervient et dit à Avraham (verset12) :

« Ne prends pas mal au sujet de l’enfant et de ta servante, tout ce que te dira Sarah écoute dans sa voix, car c’est dans Itshak que sera nommée ta descendance. »

Le verset ne dit pas ‘écoutes sa voix’ mais ‘écoute dans sa voix’. Rashi explique : « Ecoute le souffle prophétique qui est dans sa voix. »

C’est à dire que D. ne dit pas à Avraham qu’il doit écouter servilement son épouse. Il lui dit d’écouter ce qui est dans la voix de Sarah, le souffle prophétique qui est dans sa voix.

Et c’est d’ailleurs ce que fera Avraham ; il renverra Agar et son fils.

Cette explication de Rashi nous laisse toutefois perplexe : que peut-il y avoir de prophétique dans les propos d’une femme dévorée de jalousie ? Prophétie qui aura d’ailleurs des conséquences importantes sur toute l’histoire de l’humanité.

On peut également répondre qu’une telle lecture est déplacée, que Sarah n’est pas la première venue. C’est vrai. Mais, il n’en reste pas moins que Avraham était dans une impasse et que D. a du intervenir.

Il nous semble pouvoir répondre ainsi : lorsque les propos d’une personne ne vont pas dans notre sens, Hashem doit intervenir pour que l’on puisse imaginer qu’il y ait quelque chose à écouter dans ses propos. Autrement dit, ce qui ne va pas dans notre sens est souvent pris pour un délire.

Pour Avraham, Hashem est intervenu. A notre niveau, cette intervention se fait par le biais du don et de l’étude de la Torah.

Nous pouvons trouver une illustration de cette réflexion dans la Parashat Yétro.

En effet, pourquoi la Parasha du don de la Torah, s’appelle-t-elle Yétro, du nom d’un prosélyte ? Nous nous serions plutôt attendus à ce qu’elle s’appelle ‘Parashat Moshé’.

Peut-être pourrions nous répondre qu’il faut tout le don de la Torah, toute l’étude de la Torah, pour comprendre, comme Moshé a su le faire, qu’il est possible d’apprendre de quelqu’un qui n’est pas né juif. Yétro conseilla à Moshé Rabbénou d’organiser le système judiciaire sur un mode hiérarchique, et Moshé suivit ses conseils. Il fallait toute l’étude de la Torah pour accepter d’apprendre d’un non juif et suivre les conseils de Yétro.

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Directeur de la Yéchiva des Etudiants

“Avraham et Sarah”

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