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	<title>Le malade et le médecin &#8211; La Yechiva des étudiants</title>
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	<title>Le malade et le médecin &#8211; La Yechiva des étudiants</title>
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		<title>Traité Yoma 83a, Le malade et  le médecin – Réflexion sur l’IA</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Rav Gerard Zyzek]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Oct 2025 21:49:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Pensée juive]]></category>
		<category><![CDATA[Sujets divers]]></category>
		<category><![CDATA[Le malade et le médecin]]></category>
		<category><![CDATA[Rav Gerard Zyzek]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion sur l’IA]]></category>
		<category><![CDATA[Traité Yoma 83a]]></category>
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					<description><![CDATA[La Mishna Yoma 82a enseigne : חולה מאכילין אותו ע&#160;»פ בקיאין ואם אין שם בקיאין מאכילין אותו על פי עצמו עד שיאמר די . ‘Un malade (où il y a danger éventuellement) on lui donne à manger sur la bouche de connaisseurs.&#160; S’il n’y a pas de connaisseurs, on lui donne à manger sur sa [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La Mishna Yoma 82a enseigne :</p>
<p style="text-align: right;">חולה מאכילין אותו ע&nbsp;»פ בקיאין ואם אין שם בקיאין מאכילין אותו על פי עצמו עד שיאמר די .</p>
<p>‘Un malade (où il y a danger éventuellement) on lui donne à manger sur la bouche de connaisseurs.&nbsp; S’il n’y a pas de connaisseurs, on lui donne à manger sur sa propre bouche, jusqu’à ce qu’il dise que&nbsp; cela suffit.’</p>
<p>Rashi sur la Mishna nous fait remarquer que l’expression ‘sur la bouche de connaisseurs’, signifie&nbsp; ‘sur la bouche de deux connaisseurs qui disent que ce malade est en danger s’il ne mange pas.’</p>
<p><strong>I.</strong> La Guemara afférente se trouve dans Yoma 83a : ‘Rabbi Yénaï dit : si le malade dit qu’il a besoin et qu’un médecin dit qu’il n’a pas besoin, on écoute&nbsp; le malade en vertu de l’expression qui se trouve dans le verset (Mishlé 14,10) נפשו מרת יודע לב, » le&nbsp; cœur sait l’amertume de son âme ». La Guemara objecte : mais c’est évident ! Tu aurais pu penser&nbsp; que le médecin s’y connait plus et que l’on n’écouterait pas le malade. Le texte du Rif diffère un&nbsp; peu : il dit qu’on aurait pu penser que le malade panique et qu’il n’y ait pas véritablement de danger.&nbsp; La Guemara répond qu’étant donné que le malade dit qu’il a besoin on affirme qu’il sait en lui de&nbsp; quoi il s’agit, quand bien même y aurait-il un risque qu’il panique en fait et que ce ne soit pas si&nbsp; dangereux.&nbsp;&nbsp;[Attention. Dans la Mishna on parle de connaisseurs et dans Rabbi Yénaï on parle de médecin. Cette&nbsp; nuance sera travaillée dans la suite.]</p>
<p>Le médecin dit que le malade a besoin de manger, et le malade dit qu’il n’a pas besoin de manger, on&nbsp; écoute le médecin. Pourquoi ? On affirme que le malade est dans le déni de sa gravité. Là aussi il est&nbsp; possible que le malade sache bien de quoi il s’agit, néanmoins étant donné qu’un avis, le médecin dit&nbsp; qu’il a besoin, on affirme qu’il est dans le déni de sa gravité.</p>
<p>Il a une question contre Rabbi Yénaî à partir de la Mishna car dans la Mishna on dit que c’est&nbsp; seulement si deux connaisseurs qui disent qu’il a besoin qu’on lui donne à manger, or d’après Rabbi&nbsp; Yénaï c’est sur la bouche d’un médecin et non de deux !</p>
<p>La Guemara répond que l’on parle que le malade dit qu’il n’a pas besoin et qu’un médecin dit aussi&nbsp; qu’il n’a pas besoin et que deux médecins disent qu’il doit manger, alors la Mishna nous enseigne&nbsp; qu’on lui donne à manger. Là-dessus la Guemara dit que c’est évident car comme c’est un doute sur&nbsp; un problème de vie ou de mort on va dans le sens de l’allègement ! Donc on est obligé de dire que la&nbsp; Mishna parle du cas où il y a deux médecins avec le malade qui disent qu’il n’a pas besoin de&nbsp; manger, et qu’il y a deux médecins qui disent qu’il faut qu’il mange, là-dessus l’enseignement est&nbsp; que l’on doit lui donner à manger. L’innovation est que bien qu’en général on dise que dans les sujets&nbsp; d’évaluation on aille toujours selon la majorité des avis exprimés (contrairement aux lois de&nbsp; témoignages où Rav Safra nous enseigne que deux sont comme cent et que cent sont comme deux),</p>
<p>néanmoins ici comme on touche un danger pour la vie, dès qu’il y a deux avis exprimés qu’il faille&nbsp; qu’il mange, on lui donne à manger, même contre plus que deux qui disent qu’il n’a pas besoin de&nbsp; manger.</p>
<p>Là-dessus la Guemara objecte sur cette lecture de la Mishna. En effet la seconde partie de la Mishna&nbsp; nous enseigne que s’il n’y a pas deux connaisseurs on lui donne à manger sur sa bouche. On entend&nbsp; de cette seconde partie de la Mishna où l’on dit qu’il dit qu’il a besoin que la première partie de la&nbsp; Mishna aussi parle du cas où il dit qu’il a besoin de manger et que néanmoins on ne l’écoute pas et&nbsp; qu’on lui donne à manger que sur la bouche de deux experts, et non un d’ailleurs. Tossefot ajoute&nbsp; qu’il faut comprendre ainsi la seconde partie de la Mishna en disant que s’il n’y a aucun connaisseur&nbsp; qui dit qu’il n’a pas besoin alors on lui donne à manger sur sa bouche. Ceci signifie que l’on va&nbsp; toujours d’après l’avis du connaisseur, ce qui contredit l’explication de Rabbi Yénaï qui dit que si le&nbsp; malade dit qu’il a besoin et que le médecin dit qu’il n’a pas besoin on écoute le malade.&nbsp; La Guemara répond qu’il manque des mots et qu’il faut lire la Mishna ainsi : S’il dit qu’il n’a pas besoin et qu’un médecin dit qu’il a besoin on lui donne à manger. S’il y a deux&nbsp; médecins et lui qui disent qu’il n’a pas besoin et que deux disent qu’il a besoin on lui donne à&nbsp; manger. S’il y a un médecin qui dit qu’il n’a pas besoin de manger et que le malade dit qu’il a besoin&nbsp; de manger on lui donne à manger sur sa bouche et ainsi sont les mots de la Mishna : il n’y a pas deux&nbsp; médecins (sous-entendu) qui disent qu’il n’a pas besoin, on lui donne à manger sur sa bouche. Sous entendu de la Mishna d’après Rabbi Yénaï que si le malade dit qu’il a besoin de manger et que deux&nbsp; connaisseurs disent qu’il n’a pas besoin, on ne lui donne pas à manger.</p>
<p>C’est-à-dire que s’il y a un avis contre lui, dans le cas où il dit qu’il a besoin il a gain de cause et on&nbsp; lui donne à manger, mais s’il y a plus d’avis de connaisseurs contre lui on ne lui donne pas à manger.&nbsp; Telle est la lecture de la Mishna de Rabbi Yénaï.</p>
<p>La Guemara rapporte maintenant une seconde lecture de la Mishna, celle de Mor Bar Rav Ashé, la&nbsp; leçon de Ramban est Rav Ashé. Dès que le malade dit qu’il a besoin on écoute le malade même&nbsp; contre plusieurs médecins qui diraient qu’il n’a pas besoin de manger, ce qui est contre Rabbi Yénaï.&nbsp; Il faut alors lire la Mishna que si le malade dit qu’il a besoin il n’y a pas de connaisseur cela signifie&nbsp; que personne n’est considéré connaisseur si le malade dit qu’il a besoin.</p>
<p>Il y a débat si l’on tranche la Halakha comme Rabbi Yénaï ou comme Mor Bar Rav Ashé, voir&nbsp; Tossefot. Néanmoins le Rif, le Rosh et Rambam tranchent comme Mor Bar Rav Ashé qui est un avis&nbsp; postérieur et d’autre part dans Teshouvot HaGuéonim on dit que la Halakha est comme Mor Bar Rav&nbsp; Ashé dans tout le Shass sauf trois cas.</p>
<p>Il y a un grand débat parmi les Rishonim pour savoir si dans la conclusion on garde l’innovation de&nbsp; Rabbi Yénaï dans la première partie de la Mishna que dans notre sujet qui touche au risque pour la&nbsp; vie est-ce que l’on va ou non selon la majorité des avis exprimés des connaisseurs.&nbsp; Rambam au second chapitre de Shvitat Assor Halakha 8 dit clairement que cette hypothèse dite par&nbsp; Rabbi Yénaï ne reste pas dans la conclusion où l’on tranche comme Mor Bar Rav Ashé. Le Ramban&nbsp; dans Torah HaAdam (‘ג הסכנה ענין המיחוש שער (explique cette décision de Rambam de la manière&nbsp; suivante, lecture reprise dans le Lé’hèm Mishné :</p>
<p>Rabbi Yénaï pense que le malade est un avis égal à celui d’un médecin. Si c’est ainsi lorsqu’il y a un&nbsp; médecin avec le malade qui disent qu’il n’a pas besoin de manger et qu’il y a deux médecins qui&nbsp; disent qu’il a besoin de manger, il est évident qu’on lui donne à manger car c’est un doute franc qui&nbsp; touche un danger de vie. Donc on est obligé de dire que la Mishna nous enseigne une innovation en&nbsp; disant que dans ces sujets on ne va pas d’après la majorité des avis exprimés lorsque le malade et</p>
<p>deux médecins disent qu’il n’a pas besoin et que deux médecins disent qu’il a besoin, on va d’après&nbsp; les deux qui disent qu’il a besoin.</p>
<p>Mais d’après Mor Bar Rav Ashé qui dit qu’il n’y a pas d’expertise en face du malade, lorsque le&nbsp; malade et un médecin disent qu’il n’a pas besoin et que deux médecins disent qu’il a besoin il y&nbsp; aurait une hypothèse solide de dire que l’on suivrait le malade, car il pense que le malade est plus&nbsp; crédible qu’un médecin, là-dessus la Mishna nous enseignerait l’innovation que l’on va d’après les&nbsp; deux qui disent qu’il doit manger et que ce serait l’enseignement de la Mishna et que lorsque l’on dit&nbsp; qu’en toute circonstance le malade est plus crédible c’est dans le cas où il dit qu’il a besoin de&nbsp; manger et non dans le cas où il dit qu’il n’a pas besoin de manger, dans ce cas il n’est pas plus qu’un&nbsp; médecin, et telle est l’innovation de la Mishna. Donc d’après Mor Bar Rav Ashé la Mishna ne nous&nbsp; enseigne pas l’innovation que l’on ne va pas dans notre sujet d’après la majorité des opinions&nbsp; exprimées. La conséquence étant que si trois disent qu’il n’a pas besoin et que deux disent qu’il a&nbsp; besoin on ne donne pas à manger au malade.</p>
<p>Le Ramban et le Ran s’oppose à cette démarche et disent que c’est possible de lire la Guemara&nbsp; comme Rambam, mais c’est hypothétique et qu’une fois que la Guemara a formulé qu’il y a une&nbsp; grande idée dans le fait de ne pas suivre la majorité des opinions exprimées dans ce sujet de danger&nbsp; pour la vie, il n’y a pas à rejeter cette notion en se basant sur une lecture plausible mais hypothétique&nbsp; de la Guemara. Le Roch dit qu’étant donné que c’est un débat entre des grands maîtres, et qu’ici nous&nbsp; sommes dans un doute de danger pour la vie, nous irons donc d’après la démarche du Ramban et que&nbsp; si trois disent qu’il n’a pas besoin et que deux disent qu’il a besoin on donnera à manger au malade,&nbsp; contre la démarche de Rambam qui est en fait la démarche du Shééltot (Parashat Shemot chapitre&nbsp; 38), ainsi que la démarche de Rashi dans Yoma 84b אחרת לדעת מצטרפין אבל מ&nbsp;»דה .</p>
<p><b>II. Quelle est la preuve que Rashi explique la Guemara comme Rambam ?&nbsp;&nbsp;</b></p>
<p>Traité Yoma 84b :</p>
<p>ואין עושין דברים הללו לא ע&nbsp;»י נכרים ולא ע&nbsp;»י קטנים אלא ע&nbsp;»י גדולי ישראל ואין אומרין יעשו דברים הללו לא ע&nbsp;»פ נשים&nbsp; ולא ע&nbsp;»פ כותיים אבל מצטרפין לדעת אחרת.</p>
<p>‘On ne fait pas ces choses (c’est-à-dire de s’occuper de quelqu’un qui est en danger le jour de&nbsp; Shabbat) ni par des non-juifs ni par des enfants mais par des hommes juifs adultes. On ne dit pas de&nbsp; faire ces choses-là ni sur la bouche de femmes ni sur la bouche de Koutim [1] &nbsp;mais ils s’additionnent à&nbsp; une autre opinion.’</p>
<p>Que signifie l’expression אחרת לדעת מצטרפין אבל,’ mais ils s’additionnent à une autre opinion.’ ?&nbsp; Rashi explique : ‘Par exemple, nous sommes dans le cas où deux disent que le malade a besoin de&nbsp; manger et trois disent que le malade n’a pas besoin de manger, cas pour lequel on ne donne pas à&nbsp; manger au malade. Par contre si une femme ou un Kouti dit qu’il a besoin, cet avis s’additionne aux&nbsp; deux qui disent qu’il a besoin de manger, nous sommes alors dans un cas de trois contre trois, ce qui&nbsp; fait un doute dans un cas de danger et on lui donne à manger.’</p>
<p>Il est clair pour le commentaire de Rashi que dans ces sujets on suit la majorité des opinions&nbsp; exprimées, même pour interdire de donner à manger, ce qui est la démarche de Rambam et du&nbsp; Shééltot. Comment les détracteurs de Rambam vont-ils lire ce passage ?</p>
<p>Le Ran dans son commentaire sur le Rif donne la lecture suivante :</p>
<p>‘On ne donne pas à des femmes juives ou à des Koutim de s’occuper de personnes en danger le jour&nbsp; de Shabbat car on craint qu’ils trainent à transgresser Shabbat et ne soient pas assez zélés. Par contre&nbsp; on les associe à des hommes juifs adultes si nécessaire et dans ce cas étant donné qu’un homme juif&nbsp; adulte s’occupe ils sont stimulés par lui et sont zélés.’ Telle est la lecture proposée par le Ran.</p>
<p>Rambam synthétise la Guemara de Yoma 84b de la manière suivante dans les Hilkhot Shabbat&nbsp; second chapitre Halakha 2 (nous en donnons notre traduction):</p>
<p>‘Lorsque l’on fait ces choses (c’est-à-dire de s’occuper de quelqu’un qui est en danger le jour de&nbsp; Shabbat) on en le fait pas par des non-juifs, ni par des enfants, ni par des esclaves, ni par des femmes&nbsp; pour que le Chabbat ne soit pas léger à leurs yeux, mais par des adultes juifs et leurs personnalités’</p>
<p>Le Maguid Mishné et le Kessef Mishné disent que Rambam avait une autre version du texte de Yoma&nbsp; 84b et qu’il avait la version du Rif qui lit dans la Guemara :</p>
<p>ואין אומרים לעשות דברים הללו לא ע&nbsp;»י נשים ולא ע&nbsp;»י כותים מפני שמצטרפים לדעת אחרת</p>
<p>‘On ne dit pas de faire ces choses-là ni sur la bouche de femmes ni sur la bouche de Koutim parce&nbsp; qu’ils s’additionnent à une autre opinion.’</p>
<p>Que veut dire cette expression ‘parce qu’ils s’additionnent à une autre opinion’ ? Parce que les&nbsp; femmes et les enfants vont généraliser et s’autoriser à transgresser Shabbat pour des malades même&nbsp; si cela ne s’impose pas d’un point de vue Halakhique.</p>
<p>Nous avons vu donc comment Rashi lit la Guemara de Yoma 84b et que selon lui la conclusion de la&nbsp; Guemara réfute l’innovation que dans ces sujets de sauver la vie on ne suit pas la majorité des avis&nbsp; exprimés. Cette lecture ne remet pas en question les détracteurs car il y a d’autres manières de lire la&nbsp; Guemara et d’autres versions du texte, comme nous venons de le voir.</p>
<p><b>III. Bien que le Ramban s’oppose à Rambam et au Shééltot, néanmoins il leur apporte une&nbsp; preuve solide !&nbsp;</b></p>
<p>La Guemara de Yoma 83a qui est la base de notre sujet dit que dans les lois d’argent parfois il est&nbsp; nécessaire que le tribunal rabbinique fasse des Oumdanot, des expertises. Dans ces cas-là on va&nbsp; d’après la majorité des avis exprimés. Le Ramban, dans Torat HaAdam, ajoute que dans les lois de&nbsp; pénal, Diné Néfashot, aussi lorsqu’il est nécessaire d’expertiser on va d’après la majorité des avis&nbsp; exprimés. On voit cette notion d’expertise en droit pénal dans le Traité Baba Kama 90b. Or dans les&nbsp; cas de droit pénal, Diné Néfashot, la vie de l’accusé est en danger et néanmoins on va d’après la&nbsp; majorité des avis, quitte à le condamner à mort même s’il y a une minorité qui affirme qu’il n’est pas&nbsp; condamnable ! Certes la Guemara dans Yoma 93a à un moment précis veut dire que pour rendre&nbsp; compte de la Mishna nous serions obligés de dire que dans les sujets de danger comme jeûner pour&nbsp; un malade le jour de Yom Kippour nous n’irions pas d’après la majorité, néanmoins pourquoi ne pas&nbsp; dire que la Guemara revient de cette affirmation ?</p>
<p>Cette grande question sera en fait l’articulation centrale de notre sujet. Regardons d’abord comment&nbsp; le Ramban y répondra, ensuite nous aborderons étape par étape la démarche de Rambam.</p>
<p>Rapportons les mots de Ramban (nous en donnons notre traduction) :&nbsp; ‘La Guemara de Baba Kama est indubitablement un élément qui va dans le sens de Rambam et du&nbsp; Shééltot, néanmoins puisque notre Guemara affirme que dans une expertise d’un malade on ne va&nbsp; pas selon la majorité, on ne repousse pas une Guemara explicite pour un raisonnement plausible mais&nbsp; hypothétique. Il faut dire qu’il y a une différence structurelle entre notre sujet et le sujet du&nbsp; Sanhédrin. Dans le Sanhédrin nous recherchons à ce que tout le quorum de juges s’exprime. Dans&nbsp; notre sujet, dès que deux experts ont dit que le malade a besoin de manger, l’affaire est close, il doit&nbsp; manger et nous ne portons aucun intérêt à ceux qui disent qu’il peut jeûner sans problème.’&nbsp; Il nous semble qu’en ces quelques mots Ramban a exprimé le fond de sa pensée et de sa lecture de la&nbsp; Guemara. Dans notre sujet, nous sommes en face d’une Mitsva, d’une obligation de la Torah, qui&nbsp; peut entraîner des dangers. Mais on ne peut pas laisser les choses au petit bonheur, il faut structurer&nbsp; le sujet. Dès que nous avons deux médecins ou deux connaisseurs qui disent que le malade a besoin&nbsp; de manger, il ne nous en faut pas plus. On ne prend plus en compte ceux qui disent qu’il peut jeûner.&nbsp; Le malade est alors habilité à manger le jour de Yom Kippour. Ce n’est pas une expertise en bonne et&nbsp; due forme, c’est une habilitation.</p>
<p>Le Ramban ajoute : ‘Le Sanhédrin, le tribunal habilité à juger les condamnations à mort, aussi lorsqu’il va condamner la&nbsp; Torah exige qu’il faille deux personnes en plus qui vont dans le sens de la condamnation. Et non une&nbsp; simple majorité. Ceci prouve que lorsque la Torah dit que l’on va d’après la majorité dans les lois de&nbsp; pénal, ce n’est pas que la vérité émane de cette majorité mais que la Torah met en place un protocole&nbsp; précis pour condamner, ou gracier, ce qui n’a rien à voir avec le sujet du malade à Yom Kippour.&nbsp; Dans le sujet de doute de danger on ne va pas selon la majorité dans l’expertise.’&nbsp; &nbsp;Nous proposons de dire que d’après Ramban, nous ne recherchons pas ici la vérité de la situation.&nbsp; Les Sages veulent cadrer rabbiniquement la problématique. Dans le Sanhédrin c’est un tout autre&nbsp; sujet, il faut juger, décider, ce sont d’autres protocoles.&nbsp;&nbsp;Pour aborder la démarche de Rambam, il nous faut traiter un point subtil et assez difficile : la&nbsp; différence entre le médecin et l’expert.</p>
<p><b>IV. La différence entre le médecin et l’expert.&nbsp;</b></p>
<p>Nous avons relevé au début de notre étude une différence de langage entre la Mishna et&nbsp; l’enseignement de Rabbi Yénaï. La Mishna parle que l’on donne à manger au malade sur la bouche&nbsp; de connaisseurs, tandis que Rabbi Yénaï parle de médecins. Parle-t-on de la même chose ou serait-ce&nbsp; des notions différentes ?</p>
<p>Nous voyons que Rambam au second chapitre de Shvitat Assor Halakha 8 différencie ces deux&nbsp; notions :</p>
<p style="text-align: right;">חולה שיש בו סכנה ששאל לאכול ביום הכפורים אע&nbsp;»פ שהרופאים הבקיאין אומרין אינו צריך מאכילין אותו על פי עצמו עד&nbsp; שיאמר דיי. אמר החולה איני צריך והרופא אומר צריך מאכילין אותו על פיו והוא שיהיה רופא בקי. רופא אחד אומר צריך&nbsp; ואחד אומר אינו צריך מאכילין אותו. מקצת הרופאין אומרין צריך ומקצתן אומרין אינו צריך הולכין אחר הרוב או אחר&nbsp; הבקיאין ובלבד שלא יאמר החולה צריך אני אבל אם אמר צריך אני מאכילין אותו. לא אמר החולה שהוא צריך ונחלקו&nbsp; הרופאים והיו כלם בקיאין ואלו שאמרו אינו צריך כמנין שאמרו צריך מאכילין אותו.</p>
<p>‘Un malade dont la maladie est grave dit qu’il a besoin de manger à Yom Kippour, bien que les&nbsp; médecins experts disent qu’il n’a pas besoin de manger, on lui donne à manger sur sa bouche jusqu’à&nbsp; ce qu’il dise que cela suffit. Le malade dit qu’il n’a pas besoin de manger et un médecin expert dit&nbsp; qu’il a besoin de manger, on lui donne à manger, dans la condition que ce médecin soit expert. Un&nbsp; médecin dit qu’il a besoin de manger et un médecin dit qu’il n’a pas besoin de manger, on lui donne&nbsp; à manger. Certains médecins disent qu’il a besoin de manger et certains médecins disent qu’il n’a pas&nbsp; besoin de manger, on va d’après la majorité des opinions exprimées ou bien d’après les experts, mais&nbsp; ceci à condition que le malade ne dise pas qu’il a besoin, mais si le malade dit qu’il a besoin on lui&nbsp; donne à manger. Le malade ne dit pas qu’il a besoin et les médecins sont partagés, et ils sont tous au&nbsp; même niveau d’expertise, et ceux qui disent qu’il doit manger sont le même nombre que ceux qui&nbsp; disent qu’il n’a pas besoin, on lui donne à manger.’</p>
<p>Évidemment nous voyons clairement que Rambam tranche la Halakha comme Mor bar Rav Ashé et&nbsp; que d’après lui la notion qu’on ne va pas d’après la majorité des avis dans ce sujet n’est pas retenue&nbsp; comme nous l’avons dit plus haut.</p>
<p>Le point qui nous occupe maintenant est l’usage que Rambam fait de la notion d’expert, de Bekiim, &nbsp; .בקיאים</p>
<p>‘Certains médecins disent qu’il a besoin de manger et certains médecins disent qu’il n’a pas besoin&nbsp; de manger, on va d’après la majorité des opinions exprimées ou bien d’après les experts.’</p>
<p>Il y a débat dans les Rishonim pour rendre compte de ce que dit Rambam ici.</p>
<p>Le Maguid Mishné, Rabbi Vidal de Tolosa, propose de dire que l’incidence pratique de ce que dit&nbsp; Rambam est le cas où le nombre de médecins qui disent qu’il a besoin de manger et le nombre de&nbsp; ceux qui disent qu’il n’a pas besoin de manger est égal, dans ce cas si les médecins qui disent qu’il&nbsp; n’a pas besoin de manger sont plus experts que les autres, on ne lui donne pas à manger. Le Maguid&nbsp; Mishné dit que Rambam a tiré cette nuance du fait que la Mishna, contrairement aux mots de Rabbi&nbsp; Yénaï, dit qu’on lui donne à manger sur la bouche des experts.</p>
<p>Néanmoins le Ran dans son commentaire sur le Rif tranche, et cette opinion est réfutée par le&nbsp; Ramban dans Torat HaAdam, qu’un médecin expert qui discute avec deux médecins ou plus, on suit&nbsp; l’avis du médecin expert. Cette démarche rend compte de la différence de langage entre la Mishna et&nbsp; l’enseignement de Rabbi Yénaï.</p>
<p>Nous proposons de dire que telle est l’opinion de Rambam, contre la lecture du Maguid Mishné si&nbsp; nous pouvons nous permettre.</p>
<p>En effet nous avons vu qu’il y a un grand débat entre Rambam et Ramban sur la lecture finale de&nbsp; Mor bar Rav Ashé. Mais outre l’incidence légale, quel est le débat de fond ?</p>
<p>Nous proposons de dire comme cela :</p>
<p>Mor bar Rav Ashé dit que si le malade dit qu’il a besoin de manger, on le suit même contre tous les&nbsp; experts. Rambam dit, et telle est la démarche des Guéonim (Shééltot), qu’à partir de ce moment, on&nbsp; va d’après la majorité si les médecins s’expriment. Mor bar Rav Ashé nous dit qu’ici nous ne&nbsp; recherchons pas une permission de lui donner à manger. Nous recherchons la vérité de la situation.</p>
<p>Le malade est considéré qu’il connaît le danger, il se connaît, ce qu’il dit est vrai. De même si un&nbsp; médecin expert dit qu’il a besoin de manger ou qu’il n’a pas besoin de manger, il sait, ce n’est pas&nbsp; une évaluation, c’est une connaissance. Par contre si le malade ne se prononce pas et qu’il n’y a pas&nbsp; de médecin expert, on demande à des médecins. Dans ce cas on ira d’après la majorité des avis&nbsp; exprimés, comme dans les situations de débats dans des tribunaux où ma Torah dit d’aller d’après la&nbsp; majorité. Mais il faut savoir que dans les lois d’argent par exemple, si le juge sait, connaît la vérité,&nbsp; dans des cas précis à définir, il ne suivra pas les témoins, ni d’autres éléments juridiques, il ira&nbsp; d’après ce qu’il sait. Par contre, si nous ne savons pas la vérité, la Torah nous dit de suivre la majorité&nbsp; des avis exprimés. De même ici, dès que Mor bar Rav Ashé dit que le malade est écouté plus que&nbsp; tous les médecins, la Guemara change complètement d’optique et d’analyse du problème. D’après&nbsp; Rabbi Yénaï, dès que deux médecins, experts ou non, disent que le malade a besoin de manger, on&nbsp; donne à manger. Nous pouvons dire que c’est un היתר, une permission, un Héiter. Les Sages ont&nbsp; structuré dans quel cas on donne à manger à un malade : dès que deux avis disent qu’il a besoin. Mor&nbsp; bar Rav Ashé, en disant que le malade est plus cru que des experts, nous dit qu’ici c’est un autre&nbsp; problème : nous sommes en face d’un פסק, d’une décision vraie.</p>
<p>Le Ramban lit que dans la conclusion même Mor bar Rav Ashé ne s’oppose pas à l’analyse de Rabbi&nbsp; Yénaï, sinon le Talmud l’aurait dit explicitement. Rambam assume de dire qu’il y a une discussion&nbsp; de fond entre Rabbi Yénaï et Mor bar Rav Ashé et que l’on tranche qu’ici ce n’est pas une institution&nbsp; rabbinique mais une loi de la Torah, un Psak, une décision légale.</p>
<p><b>V. Intime conviction et décision juridique.&nbsp;&nbsp;</b></p>
<p>Comme nous l’avons prouvé dans les paragraphes précédents, Rambam explique que d’après Mor&nbsp; bar Rav Ashé, et telle est la conclusion légale, l’avis du malade lorsqu’il dit qu’il a besoin de manger&nbsp; n’est pas une estimation mais une certitude. De même si un médecin expert s’exprime, cela prévaut&nbsp; face à de multiples autres avis. Ce n’est que lorsque nous n’avons pas ces certitudes que nous faisons&nbsp; appel à des estimations qui seront tranchées selon la majorité.</p>
<p>Nous trouvons dans Rambam une démarche similaire dans la manière de trancher les lois qui&nbsp; touchent à l’argent dans le vingt-quatrième chapitre des lois relatives au Sanhédrin, Halakha 1 :</p>
<p style="text-align: right;">יש לדיין לדון בדיני ממונות על פי הדברים שדעתו נוטה להן שהן אמת והדבר חזק שהוא כן אף על פי שאין שם ראיה&nbsp; ברורה ואין צריך לומר אם היה יודע בודאי שהדבר כן הוא שהוא דן כפי מה שיודע. שאין הדבר מסור אלא ללבו של דיין&nbsp; לפי מה שיראה לו שהוא דין האמת אם כן למה הצריכה תורה שני עדים שבזמן שיבואו לפני הדיין שני עדים ידון על פי&nbsp; עדותן אע&nbsp;»פ שאינו יודע אם באמת העידו או בשקר.</p>
<p>‘Il incombe au juge de juger dans les lois relatives à l’argent selon ce que sa pensée penche où va la&nbsp; vérité et que cette conviction est forte en lui-même, bien qu’il n’ait pas de preuve formelle, raison de&nbsp; plus s’il sait pertinemment qu’elle est la vérité, et c’est selon cette intime conviction qu’il doit juger.</p>
<p>(…) En effet la décision du juge est confiée au cœur du juge, selon ce qu’il estime que telle est la&nbsp; vérité. Si c’est ainsi pourquoi la Torah a-t-elle exigé le témoignage de deux témoins ? Cette exigence&nbsp; vient pour le cas où deux témoins viennent devant le juge et alors il lui faudra trancher selon ce&nbsp; témoignage quand bien même ne sait-il pas s’ils témoignent vrai ou faux.’</p>
<p>Il y a une certaine ambiguïté dans les mots de Rambam. En effet en première lecture il a l’air de&nbsp; ressortir que si viennent deux témoins il incomberait au juge de les suivre quoi qu’ils disent.</p>
<p>Néanmoins en seconde lecture, il ressort que le juge n’est soumis dans les lois d’argent de suivre les&nbsp; témoins que dans le cas où il n’a aucune connaissance du sujet d’aucune manière. En effet Rambam&nbsp; dit qu’il doit suivre les témoins ‘quand bien même ne sait-il pas s’ils témoignent vrai ou faux’. Il&nbsp; ressort que s’il sait, sans avoir de preuve formelle, qu’ils témoignent faux, il ne doit pas suivre leur témoignage.</p>
<p>Cet enseignement de Rambam est fondé sur plusieurs passages du Shass, en particulier le passage&nbsp; suivant du Traité Ketoubot 85a :</p>
<p style="text-align: right;">ההיא איתתא דאיחייבא שבועה בי דינא דרבא אמרה ליה בת רב חסדא ידענא בה דחשודה אשבועה אפכה רבא לשבועה&nbsp; אשכנגדה זימנין הוו יתבי קמיה רב פפא ורב אדא בר מתנא אייתו ההוא שטרא גביה א&nbsp;»ל רב פפא ידענא ביה דשטרא פריעא&nbsp; הוא א&nbsp;»ל איכא איניש אחרינא בהדיה דמר א&nbsp;»ל לא א&nbsp;»ל אע&nbsp;»ג דאיכא מר עד אחד לאו כלום הוא א&nbsp;»ל רב אדא בר מתנא ולא&nbsp; יהא רב פפא כבת רב חסדא בת רב חסדא קים לי בגווה מר לא קים לי בגוויה. אמר רב פפא השתא דאמר מר קים לי בגוויה</p>
<p style="text-align: right;">מילתא היא כגון אבא מרי ברי דקים לי בגוויה קרענא שטרא אפומיה קרענא ס&nbsp;»ד אלא מרענא שטרא אפומיה.</p>
<p>‘Une fois une certaine femme a été condamnée par le tribunal de Rava à faire un serment. La fille de&nbsp; Rav ‘Hissda (qui était l’épouse de Rava, le chef du tribunal) dit à son mari : je connais cette femme,&nbsp; elle est soupçonnée de faire de faux serments. Rava a donc fait jurer le parti adverse à faire le&nbsp; serment. Une autre fois Rav Papa et Rav Ada bar Motna siégeaient au tribunal de Rava. Quelqu’un a&nbsp; amené un contrat de créance devant ce tribunal. Rav Papa dit à Rava : je sais que ce contrat a été&nbsp; remboursé. Rava lui dit : as-tu un autre témoin avec toi ? Il lui répondit : non. Rava lui répondit :&nbsp; quand bien même serait-ce vous cher Rav Papa, un témoin seul n’est pas recevable en droit civil !&nbsp; Rav Ada bar Motna se permis de demander : mais que Rav Papa ne soit pas moins que la fille de Rav&nbsp; ‘Hissda (votre épouse, or une femme est inapte à témoigner d’aucune manière en droit civil !) ! Rava&nbsp; répondit : la fille de Rav ‘Hisda je la connais véritablement, mais vous cher monsieur, je ne vous&nbsp; connais pas véritablement (quand bien même êtes-vous un grand Rav !). Rav Papa déduit de là la&nbsp; chose suivante : maintenant que Rava nous a enseigné qu’il y a une notion de connaître quelqu’un&nbsp; véritablement, si mon fils Rav Mori me dit que tel contrat est problématique je le considèrerai ainsi&nbsp; sur sa bouche.’</p>
<p>Cette mise en parallèle avec les lois de droit civil nous confirme que les lois abordées dans la Mishna&nbsp; du Traité Yoma relatives au malade à Yom Kippour sont des lois contraignantes de la Torah et non&nbsp; une institution rabbinique, selon la lecture de Rambam. Et il y a alors deux niveaux : soit une intime&nbsp; conviction exprimée par le malade lui-même ou par un expert véritable, ou bien lorsque l’on n’a pas&nbsp; de connaissance véritable de la situation l’on va d’après des estimations et la décision sortira de la&nbsp; majorité des avis, comme nous l’enseigne la Torah au sujet des tribunaux.</p>
<p><b>VII. Réflexion que cette démarche de Rambam nous suggère. Y a-t-il une place à nous humains&nbsp; après les prodiges de l’Intelligence Artificielle ?&nbsp;</b></p>
<p>Pour synthétiser, il ressort que Rambam explique que l’on suit le quorum de médecins si le malade&nbsp; ne dit pas qu’il a besoin de manger. Si celui-ci dit qu’il a besoin de manger, aucune expertise ne peut&nbsp; s’opposer à son dire, en vertu du principe que « le cœur connaît l’amertume de son âme ». De même,&nbsp; nous avons prouvé que, d’après Rambam, un médecin expert fait force de loi, face à des médecins</p>
<p>qui n’ont pas son expertise (encore faut-il définir précisément de quoi il s’agit). Si nous pouvons&nbsp; réfléchir aux outils actuels où les médecins ont la possibilité de consulter l’IA, les questions se&nbsp; posent : quelle est la place du médecin aujourd’hui ? Et quelle est la place du patient ? L’étude&nbsp; approfondie de notre sujet peut nous donner des éléments pour répondre à ces grandes questions.&nbsp; L’IA n’est somme toute qu’une évaluation, excellente mais extérieure au sujet lui-même. C’est&nbsp; comme un quorum de bons médecins qui planchent sur le sujet. La personne elle-même sait de quoi&nbsp; elle parle, car elle le vit de l’intérieur. Certes il peut y avoir panique et erreur, néanmoins nos Maîtres concluent que cette personne est la mieux placée pour savoir ce qui se passe en elle. De même,&nbsp; d’après Rambam, et cela ressort du langage de la Mishna comme nous l’avons souligné plus haut, il&nbsp; y a une différence entre un médecin et un Baki, un connaisseur. Un médecin a priori estime la&nbsp; pathologie. Il fait une אומדנה, une estimation. Quelque part il est extérieur, par définition. Certes il a&nbsp; des outils multiples et divers, mais somme toute il n’est pas dans la personne. Par contre, il existe des&nbsp; médecins, rarement, qui savent de quoi il s’agit. Ils connaissent. Là on ne parle plus d’estimation&nbsp; mais de certitude, bien que l’humain puisse se tromper. Dans ce cas, dit Rambam, il peut décider face&nbsp; à un quorum de médecins habituels. Nous pouvons déduire que ne tiendront face à la déferlante de&nbsp; l’IA que ceux qui savent de quoi ils parlent, car l’IA, somme toute, est comme les médecins habituels extérieure au sujet.</p>
<hr>
<p>[1] Les Koutim sont ce que l’on appelle les Samaritains. C’est une peuplade babylonienne qui a été déportée en terre&nbsp; d’Israël sous le règne de San’hériv l’empereur assyrien. En terre d’Israël ils s’enjuivèrent, prirent sur eux d’appliquer&nbsp; d’une certaine manière les commandements de la Torah, sans devenir enfants d’Israël véritables pour autant. Leur&nbsp; statut juridique précis fait l’objet de débats.</p>
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