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Le concept de vêtement

par: Rav Raphaël Bloch

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Chemot, chapitre 28, verset 2 : « Et tu feras les habits de sainteté pour Aharon, ton frère, insignes d’honneur et dignes de louanges.

Chemot, chapitre 28, verset 2 : « Et tu feras les habits de sainteté pour Aharon, ton frère, insignes d’honneur et dignes de louanges. » Nous trouvons les mêmes termes pour qualifier les habits des fils d’Aharon au verset 40.

Ces textes soulèvent deux problèmes. D’abord, il ne semble pas que la Torah cherche à préciser la raison d’être des différents éléments qui concourent à l’élaboration du Tabernacle et de ses ustensiles. Pourquoi en serait-il autrement pour les habits sacerdotaux ? Ensuite, il existe une ambiguïté quant au sujet de ces qualificatifs. Cet honneur et ces louanges sont-ils destinés à Aharon et à ses fils, ou bien plutôt à Celui qui réside en ce lieu, que l’on sert, à D. ?

Sur ce dernier point, les commentateurs de la Torah ont des avis contraires. Le Ramban, selon son habitude, donne deux explications, l’une littérale et l’autre d’après le « sens vrai », correspondant respectivement à ces deux options.

Dans le chapitre suivant, au verset 46, la Torah nous dit : « Et ils sauront que Je suis l’Eternel leur D. qui les a fait sortir d’Egypte pour résider parmi eux. » Après avoir cité et commenté Rachi, le Ramban rapporte l’explication de Rabbi Avraham Ibn Ezra : « Je ne les ai fait sortir d’Egypte que pour résider parmi eux ». Le Ramban ajoute : « C’est une belle explication. Si c’est ainsi, il y a là un grand sod [sens caché] car selon le sens littéral (à première vue), la Providence divine réside en Israël pour l’homme et non pas pour D. Mais (s’il en est autrement) ceci est de l’ordre de ce que dit le verset dans Isaïe, chapitre 49, verset 3 : ‘Israël par toi Je suis digne de louanges (Je m’enorgueillis)’. »

On retrouve donc cette ambiguïté à propos de l’ensemble du projet du Tabernacle, du principe fondamental que constitue la présence de D. au sein de Son peuple. Pour autant, elle est particulièrement soulignée au sujet des habits des prêtres.

Pour essayer de mieux le comprendre, nous citerons la Pessikta Rabati rapportée par le Yalkout Chimoni sur le chapitre 27, verset 20 : « Et tu ordonneras aux fils d’Israël. »

Rabbi Youdan au nom de Rabbi Chemouel Bar Na’hmani dit : « Prenons comme parabole ce roi qui donnait ses instructions à son serviteur : ‘secoue mon habit de dessous, plie-le, fais-y attention !’ Son serviteur lui dit : ‘Sa Majesté a bien d’autres habits, pourquoi ne m’ordonne-t-elle que sur celui-ci ?’ Et le roi répondit : ‘parce que celui-ci, je le porte à même la peau (attaché à la peau).’ »

Ainsi Moshé dit-il à D. : « Tu as les soixante-dix peuples, et pourtant Tu ne me donnes des ordres que lorsqu’il s’agit d’Israël : ‘Et aux fils d’Israël tu diras’, ‘Et aux fils d’Israël tu parleras’, ‘Dis aux fils d’Israël’, ‘Parle aux fils d’Israël’, ‘Ordonne aux fils d’Israël’, ‘Et tu ordonneras aux fils d’Israël’, ‘Quand tu dénombreras les fils d’Israël’… » D. Lui répondit : « C’est parce qu’ils me sont attachés, comme le dit le verset dans Jérémie, chapitre 13 : « Comme la ceinture est attachée aux reins de l’homme, ainsi Me suis-Je attaché les fils d’Israël. »

De ce texte, nous pouvons tirer deux idées :
1.La comparaison entre les peuples de la terre, les hommes de manière générale, et le concept de l’habit appliqué à D.
2.Et surtout que le peuple d’Israël serait essentiellement différent en cela qu’il est un « habit attaché à D. »

Nous avons trouvé dans le Maharal (Beer HaGola – 4) un éclairage sur ces thèmes. La Guemara, dans Berakhot 6a, au nom de Rabbi Avin au nom de Rabbi Yitzhak, nous enseigne que D. met les tefillin et, ainsi que pour nos tefillin, s’y trouvent des versets. Ces versets font tous l’éloge du peuple d’Israël en insistant sur son caractère unique.
Le Maharal nous explique : « Ce texte vient dire la différence entre les peuples et Israël. Il faut que tu saches que toutes les créatures n’ont été créées que pour rendre honneur à D. (…) Ce qui fait honneur à D. s’appelle ‘habit’ de D. Car il ne peut y avoir d’honneur que relativement à un autre, ceux qui voient et qui remarquent la gloire. Or c’est par l’habit qu’on apparaît à autrui. Ainsi l’honneur s’appelle ‘habit’ (…). L’existence même de créatures (rendant possible l’honneur de D.) s’appelle ‘habit’ de D. Mais l’habit par définition est séparé de celui qui le revêt. Ainsi, cette gloire que tire D. de l’existence des créatures est-elle séparée de D. Alors que la gloire tirée de l’existence d’Israël est un ornement attaché à D. C’est la différence entre un habit qui est séparé de celui qui le revêt et les tefillin, qui sont un ornement attaché à celui qui les met (…) »

Si nous avons compris le Maharal, c’est l’extrême proximité qui nous lie à D. qui justifie notre existence et permet en retour le paroxysme de l’honneur rendu à D. C’est lorsque l’homme laisse de côté ses prétentions temporelles et qu’il ne se considère plus que comme un serviteur de D. que réciproquement, D. en tire honneur et s’en pare comme du plus bel atour.

Le Tabernacle est l’endroit, par excellence, où le seul but recherché est le service de D. C’est là que se réalisent pleinement l’honneur et « l’habit » de D., par le peuple qui lui est attaché « comme une ceinture aux reins ». Quand Sa gloire est la nôtre, alors nous sommes Sa gloire.

Il existe un débat dans la Guemara Nedarim 35b à propos des Cohanim. Sont-ils nos délégués ou plutôt ceux de D. ? Il nous semble que cette question est essentiellement liée au double sens des « habits insignes d’honneur et dignes de louanges. »

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