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30 Nisan 5777
26 avril 2017
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Pessah est appelée la fête de notre liberté, mais voulons-nous être libre ? par Rav Gérard Zyzek

Pessah est appelée la fête de notre liberté, mais voulons-nous être libre ? par Rav Gérard Zyzek


Le verset au sujet du sacrifice du Pessah, dans la Parashat Bo, dit (Shemot 12,8) :
ואכלו את הבשר בלילה הזה צלי אש ומצות על מרורים יאכלוהו.
‘Ils mangeront la chair (du Pessah, agneau pascal) cette nuit-là (le soir du quinze Nissan), grillée au feu, accompagné d’azymes et d’herbes amères ils le mangeront’.

Trois commandements de la Torah sont imbriqués les uns dans les autres dans ce verset : manger des azymes (Matsot), des herbes amères (Maror) et manger la chair de l’agneau de Pessah le soir du quinze Nissan. Qu’en est-il alors de ces commandements si l’on est dans l’incapacité d’en accomplir l’un des trois, comme à notre époque où il nous est impossible d’offrir le Pessah, le Temple n’étant pas reconstruit ? A priori nous n’aurions plus l’obligation de manger ni de la Matsa ni du Maror. C’est ce que la Guemara déduit dans le Traité Pessa’him (120a). La Guemara demande toutefois :
מצה נמי הא כתיב על מצות ומרורים יאכלוהו. מצה מיהדר הדר ביה קרא בערב תאכלו מצות.
‘Mais la Matsa aussi le verset la relie au sacrifice du Pessah ? Donc ce devrait être exempt à notre époque ! La Matsa, le verset revient nous l’inclure explicitement et indépendant du Pessah, comme dit le verset (Shemot 12,18) «  le soir vous mangerez des azymes ».’

Serait-ce à dire que nous n’aurions aucune obligation de nos jours de manger des herbes amères le soir du Seder ? Rava nous enseigne (Pessa’him 120a) que manger des herbes amères est une institution rabbinique tant que nous n’avons pas la possibilité d’offrir le sacrifice du Pessah. Par contre manger de la Matsa le soir du quinze Nissan est une obligation d’après la Torah de nos jours, telle est la conclusion légale des décisionnaires (Rambam Hilkhot ‘Hamets OuMatsa chapitre 7, Halakha 12).

Synthétisons. Lorsqu’il y a le Temple de Jérusalem et que la situation du peuple d’Israël est à son niveau abouti, l’obligation de manger des herbes amères est une obligation d’après la Torah, par contre lorsque nous sommes en exil, l’obligation de manger ces herbes amères devient une institution rabbinique, pour ne pas oublier qu’il y a un temps (béni !) où il y aurait une obligation véritable de manger des herbes amères !
Les herbes amères font référence aux souffrances de l’esclavage, comme dit Rashi sur le verset 8 :
‘Toute herbe amère est appelée Maror, et D. nous a enjoint de manger ce Maror en souvenir de l’amertume de l’esclavage’.

Nous sommes ici en face d’un certain paradoxe : lorsque nous sommes libres effectivement, alors l’obligation de manger des herbes amères devient d’après la Torah. Par contre lorsque nous sommes en exil, l’obligation de manger des herbes amères devient une institution rabbinique !
Nous pourrions rendre compte de ce paradoxe de manière simple en disant que lorsque nous sommes effectivement libérés alors la Torah nous fait incomber l’obligation de ne pas nous abstraire de notre passé douloureux et de nous en souvenir fortement. Mais un passage de l’introduction aux Tikouné Zohar cité par le grand livre de Hassidout, le Beit Yaakov de Rabbi Yaakov Leiner, Rabbi de Radzin (Parashat Shemot §17) va nous suggérer une démarche peut-être plus précise :
מסטרא דיליה שליט עבדא על עלמא
‘C’est de son propre fait que l’esclave domine le monde’.
C’est-à-dire que paradoxalement l’esclave croit être libre, et croit dominer les choses.
Le corolaire étant que l’homme libre ne se perçoit pas forcément libre.
Essayons d’expliquer.
Etre libre, c’est avoir la capacité de choisir et d’agir, et de n’être contrait n’y d’agir de cette manière ni d’une autre manière. L’esclave par contre n’a pas de marge de manœuvre, il exécute. La vie d’esclave est quelque part une vie confortable. L’esclave ne se pose pas de problème, il suit ce qu’on lui ordonne. La personne qui accède à un peu de liberté doit choisir, doit essayer de façonner son chemin. Alors oh à combien de difficultés cette personne libre s’expose-t-elle ! Combien aimerait-elle peut-être être esclave et ne pas à avoir à faire de choix dans sa vie !
La personne qui accède à la liberté ressent le poids de l’esclavage qu’elle  porte en elle, le poids des pesanteurs, le poids de la recherche constante de conventions sociales rassurantes, même si elles sont aliénantes. Ce passage du Tikouné Zohar nous semble expliquer parfaitement en quoi les herbes amères prennent toute leur force lorsque commence véritablement la libération.
La Sortie d’Egypte, sortie de l’esclavage, dont  le peuple d’Israël véhicule la mémoire génération après génération, nous donne la possibilité extraordinaire d’accéder à un bonheur redoutable : être libre. Mais ce bonheur va avec les difficultés que cela entraine et le refus intérieur de cette même liberté. C’est ce que nous voyons tout au long des récits de la Torah où sans cesse des enfants d’Israël voulaient retourner en Egypte et s’en remémoraient les souvenirs enchanteurs.

  









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