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30 Nisan 5777
26 avril 2017

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Le Judaïsme est-il un transhumanisme ? par Rav Gérard Zyzek

בס''ד

Le Judaïsme est-il un transhumanisme ? Petites réflexions par Rav Gérard Zyzek



La Yéchiva des Etudiants est lancée sur un grand projet : Organiser une Grande Journée d’Etude sur le Transhumanisme. Cette journée se déroulera au 11 rue Henri Murger au mois de mai 2017. Voici quelques réflexions que cette thématique nous suggère.
Lorsque les gens s’imaginent ce que le ‘judaïsme’ a à dire sur notre sujet, il me semble que du fait du contexte chrétien et musulman ils achoppent sur deux points :
- par définition la religion est anti-progrès
- deuxièmement une religion se doit de condamner les dégradations des mœurs.
Mais le problème c’est que notre tradition n’est pas une religion, malgré les efforts que certains ont fait pour l’y enfermer.

I. Premièrement : le progrès n’est pas satanique.

Le Am Israël a traversé au cours de son histoire des bouleversements radicaux. La destruction du Beth HaMikdash a été un cataclysme dont nous avons du mal à percevoir l’ampleur. Rabban Yo’hanan ben Zakaï et les ‘Hakhamim de Yavné ont dû inventer la reformulation pratique, concrète de la vie quotidienne sans le Temple (Tefilot quotidiennes, le Loulav pendant sept jours etc..). Rabbi a permis la rédaction de la Mishna, ce qui a été un changement total dans la vie juive. La mise en place d’un calendrier perpétuel par Hillel le second. Entre autres milliers d’exemples, la Takana de Rabbi Zirah que toute femme qui a un quelconque écoulement devra garder sept jours propres avant d’aller au Mikvé, ce qui est une innovation totale par rapport à la Torah. Etc…
Sautons des siècles. La fin du dix-septième siècle, les enfants d’Israël accèdent à la citoyenneté dans les pays occidentaux, et le début de ce que l’on appelle ‘la révolution industrielle’. Les grands décisionnaires de l’époque (Rabbi Akiva Eiger, le ‘Hatam Sofer, le Nodah Biyouda entre autres) se sont défoncés pour voir comment la Halakha pouvait être vécue dans ce nouveau contexte. Prenons, entre mille, une question posée au ‘Hatam Sofer : en Hongrie certaines personnes pouvaient suivre un cursus de formation d’état sanctionnée par un diplôme. Une femme juive froum a reçu son diplôme de sage-femme, comment fait-elle le Chabbat s’il faut se déplacer pour aider une femme non-juive à accoucher ? Question posée au Nodah Biyouda à Prague depuis Londres (environ 1780): des médecins ont fait un diagnostic sur un malade et ont fait une certaine opération chirurgicale, et le patient est décédé alors que tout aurait dû bien se passer, a-t-on le droit de disséquer le malade pour comprendre ce qui s’est passé et apprendre ainsi à mieux soigner la prochaine fois ? Voir la réponse du Nodah Biyouda qui va vers la négative, le ‘Hazon Ish, cent cinquante ans après dira que la situation a changé et permet.
Il me semble que cette démarche de la Halakha n’est pas connue et que l’opinion populaire de la communauté ignore malheureusement que notre tradition est un arbre de vie, c’est-à-dire qui se déploie et se développe sans cesse comme un arbre qui croit et vit.
Il y a eu des bouleversements majeurs, il y en aura encore d’autres Baroukh HaShem.

II. Deuxièmement, il est possible que la dégradation des mœurs soit quelque chose de positif.

Evidemment les hommes de religions n’ont de cesse d’être offusqués par la bassesse de l’homme, de son animalité, de ses délires et que les valeurs humaines sont bafouées.
Evidemment, dit Rambam, si l’on vit dans un contexte si dévoyé qu’il est impossible de vivre comme un bon juif, l’on doit partir. Mais, dit-il, si tous les pays sont dévoyés et que ‘lon est influencé négativement par l’extérieur comme à notre époque, dit-il, alors partons dans les déserts. Nos Maîtres contemporains disent : où sont les déserts d’aujourd’hui ? ce sont les Yéshivot !!!!
Malgré tout cela j’aimerais apporter un commentaire bouleversant de Rabbi Tsadok HaCohen de Lublin (page 17 de l’édition classique du Peri Tsadik sur Béréshit au sujet du mois de ‘Heshvan). La Guemara dans ‘Houlin 139a dit : où trouvons-nous Moshé dans la Torah ? (Question amusante, ne trouvez-vous pas ?) Réponse : (Béréshit 6,3) Beshgam Hou Bassar. Beshégam, valeur numérique Moshé.
C’est le texte de la Guemara. Rabbi Tsadok explique que cette Guemara nous explique la structure profonde de Moshé par lequel la Torah a été donnée. Le nom de Moshé est en allusion au cœur de la tourmente, au cœur du moment où l’humanité part en cacahouète. Dit Rabbi Tsadok ; cette Guemara nous explique que cette génération est La Génération à même de recevoir la Torah. Le Zohar qu’il cite le dit explicitement.  Essayons d’expliquer : la Torah ne défend aucune valeur. Une valeur est notre manière de nous approprier, de domestiquer le monde vivant dans lequel Hakadosh Baroukh Hou nous met. C’est notre projection, notre grigri que nous nous façonnons pour nous sentir bien. . La Torah c’est la volonté d’Hakadoh Barou’h Hou. Tant que l’on croit en des valeurs, tant que l’homme est une valeur, on est indisponible à recevoir une volonté au-dessus de la nôtre. Là où l’homme s’effondre, on peut écouter qu’il y a une volonté au-dessus de la nôtre, on peut découvrir le vivant du monde dans lequel nous sommes. La Guemara dans Eirouvin 13b dit qu’un Talmid Hakham qui ne peut pas purifier un Shérèts n’est pas un Talmid ‘Hakham. Il me semble que s’il ne peut pas prouver que ce qui nous parait a priori interdit peut être permis ou l’inverse n’est pas un Talmid ‘Hakham car le Talmid ‘Hakham prend sur lui une connaissance qui dépasse son système de repères à lui.
La génération qui a reçu la Torah venait de sortir d’Egypte où ils étaient à la quarante neuvième porte d’impureté. C’est par ce qu’ils étaient à la quarante neuvième porte d’impureté qu’ils ont pu recevoir la Torah.
L’homme comme valeur chute, on ne sait plus ce que c’est l’homme, peut-être est-ce une perche pour les temps messianiques ! Mazel Tov !

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