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10 Sivan 5778
24 mai 2018

Retour sommaire Pensée juive / Talmud

Pourquoi l’affaire D.S.K frappe-t-elle tellement notre imaginaire ?

Aujourd’hui mercredi 20 juillet 2011 les journaux présentent deux titres principaux, premier titre Tristane Banon, jeune femme de 32 ans, accuse D.S.K de viol, second titre trois millions de personnes sont en péril en Somalie du fait d’une très grande famine.

Le journal Le Monde de ce jour rapporte dans les moindres détails les allégations de Tristane Banon. Nous en conseillons la lecture pour qui veut savoir à quoi ressemble une tentative de viol. D’un point de vue journalistique et commercial c’est une excellente affaire pour le journal. Mais essayons d’aborder les choses en termes talmudiques.
Il est enseigné dans le Shoulkhan Aroukh, Even HaEzer chapitre 22 §1 et 2 :
‘Il est interdit de s’isoler avec une femme interdite du fait de proximité familiale (inceste) ou une femme mariée, jeune ou âgée, car s’isoler est un risque majeur de fauter soit dans l’inceste soit dans l’adultère. Il sera néanmoins permis de s’isoler avec sa mère, le père avec sa fille, et le mari avec sa femme en période d’impureté.’ La source de cet enseignement est la Guemara dans le Traité Kidoushin 80b.
‘David et son tribunal ont décrété un interdit sur le fait de s’isoler avec une femme célibataire, Shamaï et Hillel ont décrété un interdit pour un homme juif de s’isoler avec une femme non-juive.’
La source de cet enseignement est la Guemara dans le Traité Avoda Zara 36b.
Essayons de traduire en clair ce que notre tradition nous enseigne ici. Il est des zones de turbulences auxquelles l’homme ne doit pas se confronter, car passés certains garde-fous on ne peut plus rien garantir, comme disent nos Maîtres ‘Ein Apotropos LéArayot’, ‘nul ne peut être garant dans ce qui concerne les interdits sexuels’ (Ketoubot 13b).
Alors tout le monde crie : mais on n’est pas des animaux ! Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas répondre à cette exclamation qu’on doit crier au scandale. Il n’y a pas de scandale ; on est fait comme cela.
Lorsque l’article du Monde dit : ‘Elle affirme qu’il était dans un état second, n’entendait pas ses protestations, affirme avoir crié à plusieurs reprises’, le but de cette phrase est de nous horrifier, de dire que D.S.K est vraiment un monstre ! Pour un talmudiste il n’y a rien ici que de l’humain dans ce qu’il a de plus banal dans sa bizarrerie certes, mais rien de spécial. Alors ne t’isole pas avec une femme qui n’est pas ta femme !
Alors interrogeons nous. Si nos Maîtres se permettent de considérer l’homme, l’humain, tellement étrange, tellement fragile, alors pourquoi tout le monde, la planète s’interpelle au sujet de ce pauvre gars ?
Il nous semble qu’il y a ici une sorte d’exorcisme archaïque comme René Girard l’a excellemment analysé dans son livre déjà ancien ‘la violence et le sacré’. Le tissu humain est traversé par des turbulences justement qui le déstabilisent. La société risque de se détruire par ses mystères qui la traverse et qu’elle n’arrive pas à gérer. Alors depuis le fond des temps, elle a recourt à une spectacularisation de ce qui la fragilise : elle sacrifie en grand spectacle un être qui sera le porteur de ses fautes, manière de dire : nous sommes propres ! Nous sommes absolument indemnes de ces turpitudes, la preuve en est que nous le haïssons, la preuve en est qu’il nous dégoute et que nous le rejetons ! C’est un monstre !
Si l’affaire D.S.K n’arrive pas à nous choquer[1], nous avons néanmoins trouvé un enseignement talmudique qui nous perturbe (Traité Kidoushin 81a).
La Mishna qui expose l’interdit d’isolement avec une femme qui n’est pas la sienne ajoute :
‘L’homme ne doit pas s’isoler avec deux femmes mais par contre deux hommes peuvent s’isoler avec une femme’.
(80b)  Rav Yéouda rapporte à ce sujet un enseignement de son maître Rav :
‘Certes deux hommes peuvent s’isoler avec une femme mais dans la mesure où ce sont des hommes cashers, corrects, mais si ce sont des hommes dévergondés, il ne pourra pas s’isoler même en présence de dix hommes avec une femme.’
La Guemara (81a) rapporte qu’une fois Rav Yéouda allait en chemin avec ce même maître Rav. Une femme les précédait juste devant eux, et il n’y avait donc qu’eux deux et cette femme sur le chemin.
‘Rav dit à Rav Yéouda : avançons vite pour ne pas nous trouver dans la Géhenne !
Rav Yéouda lui dit : Mais vous-même vous nous avez enseigné qu’en présence de deux hommes casher, corrects, il n’y a pas de problème !
Rav lui répondit : lorsque j’ai dit cashers, corrects, qui dit que l’on parle de moi et de toi ?’

Ma question de conclusion sera simple : comment un homme qui, j’en suis convaincu, n’a jamais fauté dans ce domaine[2], peut-il se considérer comme non-casher, et enclin à fauter alors que le commun de nos contemporains dirait : mais il n’y a aucun problème à se retrouver seul avec une femme qui n’est pas la nôtre, nous ne sommes quand même pas des animaux ? Et d’autre part, enseigner la  loi, n’est-ce pas une manière instinctivement de se poser parmi les bons et les vertueux !



[1] D’autant plus que les hommes de pouvoir et les hommes géniaux ont encore plus de délires intérieurs, comme le disent les Maîtres du Talmud (Souka 52a) : ‘Kol HaGadol Mé’Havéro, Yétsro Gadol Eiméno’, ‘Plus quelqu’un est grand plus ses pulsions sont fortes’.

[2] Les ‘Hakhamim disent que si mon maître ne ressemble pas à un envoyé de D. je n’ai pas le droit d’apprendre de lui (Moèd Katan 17a). Comment donc Rav, grand maître du Talmud, peut-il dire qu’il n’est pas le casher dont il est question dans son enseignement ?

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