La mitsva de Tefilin

Si quelqu’un s’est interrompu entre la mise en place des Tefillin du bras et ceux de la tête, il est alors tenu de prononcer une deuxième bénédiction avant de mettre ces dernières :


« Béni sois Tu Hachem … qui nous a ordonné la mitsva des tefillin. »

La coutume ashkénaze rapportée par Rabbi Moshe Isserles (1) au nom du Rosh est de prononcer cette seconde bénédiction  même quand il n’y a pas d’ interruption. Ce minhag semble basé sur l’avis de Rabbenou Tam rapporté dans Tossfot Menahot 36 qui lit la gemara de cette façon : En l’absence d’interruption, on ne dit sur les Tefillin shel rosh (de la tête) que “al mitsvat”, qui correspond à leur brakha (bénédiction) spécifique, alors qu’en cas d’interruption on doit dire en plus lehaniah.

Que cet avis constitue la halakha pratique ou non, il nous incite à une compréhension plus profonde de cette mitsva.

Il apparaît que l’acte de se parer des Tefilin est distinct de la réalisation de “mitsvat tefillin”. Il existerait 2 dimensions : la parure, et  la mitsva pleine. Et c’est spécifiquement pour Tefillin shel rosh que le terme mitsvat tefillin est employé.

  Que perçoit-on de particulier dans cette mitsva? Le verset (Shemot 13) nous dit qu’il s’agit d’un Ot, d’un signe, d’un symbole.  Le geste renvoie à autre chose. De quoi s’agit-il?

Tous les sidourim, quels qu’en soient le rite, comportent un texte préparatoire avant la mise des Tefillin, commençant par “leshem yikhoud”, ou “hineini mekhaven…”, où est explicité le contenu des tefillin, en particulier les thèmes principaux des parashiot qu’elles contiennent, ainsi que leur finalité.

Ce type de texte préparatoire existe pour presque toutes les mitsvot, mais il semble qu’ici il ne s’agisse pas de quelque chose de facultatif : les Tefillin sont un Ot, et ainsi la mitsva ne s’appelle mitsva que si la conscience a été convoquée dans la mise en place des boitiers et des lanières. C’est à  ce titre que le Shoulhan Arouh (2) mentionne la concentration préalable sur le contenu de la mitsva comme une halakha.

Or la symbolique opère dans deux directions : Les boitiers renvoient au parashiot et à leur contenu (pour venir dans un second temps m’engager dans l’action), à la seule condition que ma conscience (qui « reçoit » les Tefillin shel rosh) ait dévoilé cette relation.

 

En résumé, on pourrait dire que la dimension des tefillin en tant que Ot al Yadekha (« signe sur ta main ») est mise en suspens entre la mise en place de Tefillin shel yad (du bras) et le moment où la conscience est convoquée par Totafot bein einekha (des Tefilin entre tes yeux) Ce n’est qu’à ce moment que mitsvat tefillin est réalisée.

 

Il semble opportun d’étudier chacune des mitsvot qualifiées de Ot dans la torah (Mila, Pessah, Shabat) selon le même type de raisonnement.

1.      1. (Shoulhan Aroukh Siman 25,9)

2.      2. (Shoulhan Aroukh Siman 25,5)